Plus reconnu pour ses sportifs de renom (Emmanuel Adebayor, Djolevi Ballogou, etc.), sa gastronomie nationale (Djenkoumé, Sodabi, etc.) ou ses conflits sociaux politiques, le Togo est aussi et surtout ce petit pays d’Afrique de l’ouest qui regorge d’artistes passionnés et talentueux. Des musiques et danses traditionnelles aux tendances actuelles comme le « Tête téré », les artistes togolais influencent le continent depuis des siècles. Lomé, sa capitale – via son port international – est ouverte sur le monde ce qui entraîne une jeunesse particulièrement friande de métissage culturel, comme en témoigne la richesse de son hiphop. Aujourd’hui, nous partons à la rencontre du rappeur 2CO qui vient nous parler de sa musique et du milieu rap au Togo.

2CO rappeur togolais

2CO, plein de jeunes au Togo sont passionnés de foot, toi de rap… Peux tu nous raconter tes débuts dans le milieu ?

En fait, je suis tombé amoureux du rap un soir en découvrant les veilles cassettes de mon grand frère et son poste radio devant lequel je passais de longues heures à écouter parfois la même chanson.
Ensuite j’ai découvert le mouvement hip-hop, ses différentes disciplines, ses codes vestimentaires, j’ai voulu en faire faire partie. Je pense que ma carrière est encore à ses débuts même si ça fait déjà une dizaine d’années que je fais du rap. J’écris tout doucement mon histoire. C’est maintenant que ça commence.

Tu es d’ailleurs rappeur  au sein de l’équipe franco-togolaise Conscience Record, tu peux nous parler de votre rencontre ?

Mon projet avec Conscience record est né de ma rencontre avec bled’artstyle, ingénieur de son et producteur, au cours d’un événement que nous organisions afin de permettre aux jeunes rappeurs talentueux d’être repérés. Il venait de quitter Toulouse pour installer sa maison de production à Lomé, alors que moi, je venais de finir l’écriture de mon album et songeais à rentrer en studio. Nos idées allaient dans le même sens alors tout s’est fait très naturellement.


Tu défends déjà sur scène ton projet « Freestyle en saison des pluies », à quand une sortie digitale et physique ?

Chez Conscience record nous aimons les surprises, par contre je peux vous dire que le « Freestyle en saison des pluies » à la sortie officielle sera un maxi de 7 titres dont 3 inédits. Un showcase est prévu cette année pour présenter le projet, maintenant que j’ai ma petite idée sur la mise en scène du spectacle.

Ton flow est assez proche de celui du Boom Bap français des 90’s, qu’est ce que tu penses de la trap et du Rap Game actuel ?

Pour moi, le rap n’est pas un jeu. En tant que rappeurs, nous avons des causes à défendre, des valeurs à transmettre, un message à véhiculer. Nous ne pouvons pas nous permettre d’en faire un jeu. Le Rap Game nous a pas vraiment aidé à donner une bonne image du rappeur en général mais bon, il n’est jamais pas trop tard pour mieux faire. La Trap il faut reconnaître que c’est un style de musique qui s’est imposé parmi les différents styles de rap comme le rap conscient à une certaine époque. J’en écoute pas personnellement mais bon tant que ça contribue à faire du rap la musique la plus écoutée dans le monde, que chacun apporte sa pierre à l’édifice !

 

Existe t’il un rap togolais ? Une identité qui se démarque du Ghana ou d’autres pays voisins ?

Oui complètement. En 2009, j’avais un groupe qui s’appelait Black Label Family qui faisait du rap togolais. Un mélange de textes écrits en Ewe, en Kabye, en Kotokoli, en français, en anglais, etc. bref tous les peuples étaient représentés. Sinon cette expérience m’aura appris que le Rap est universel et que la musique, le beat comme la langue utilisée par le Mc ne sont que des supports pour transmettre cette émotion dont nous parlions un peu plus tôt. Après c’est vrai que le rap qui est « à la mode » au Togo est plutôt suiveur des autres tendances Africaines… Trap etc.

Le public du coin est porté sur des rythmiques qui se dansent, comme la musique de toofan par exemple, peux tu nous parler du public hiphop au Togo ?

Un ami me disait il n’y a pas très longtemps que dans chaque famille au Togo il y avait au moins une personne qui écoutait du rap, et que c’était la musique la plus écoutée mais qu’on ne pouvait que déplorer la qualité des rappeurs qui ont de la visibilité. Je crois que le public hip-hop togolais réclame une alternance. Ils veulent des artistes un peu plus compétents, beaucoup plus compétitifs à l’échelle internationale. En tout cas ces dernières années, le HipHop est clairement revenu sur le devant de la scène.

 

 

Le Togo est dans une situation économique difficile. Percer dans la musique est un rêve inaccessible pour beaucoup. A quel moment tu t’es dis que tu pouvais en faire une carrière professionnelle ?

Pour certains artistes, percer dans la musique c’est être connu ou avoir des millions de fans même virtuels, alors que pour d’autres c’est pouvoir vivre tout simplement de leur passion. Pour moi, c’est un peu plus complexe que ça et assez long à expliquer. Votre question me fait penser à écrire un morceau sur le sujet… Je dois vous avouer que je pense un peu plus à la qualité de mes chansons, la pertinence de mes textes qu’à ma carrière depuis que j’ai la chance d’avoir un staff qui me facilite vraiment la tâche. Je suis convaincu qu’à force de travailler, de progresser, d’être performant malgré les difficultés, toute activité fini par être rentable. Je ne pense pas vraiment à ma carrière pour le moment, j’ai beaucoup d’autres priorité. Quant à la situation économique du Togo, restons optimiste et disons qu’elle s’améliore lentement mais on avance.
Et puis quand on parle de musique, il y a toujours des passionnés pour te donner un coup de pouce : Mon label qui croit beaucoup en moi et ils ne sont pas les seuls. Par exemple, Atomik Corporation (Une boite de production audiovisuelle) a réalisé ce premier clip et, à travers leur label ARMI (Africa Real Music Industry), me fait profiter de ses canaux de diffusions. On essaye de créer des réseaux et petit à petit de faire évoluer la musique togolaise.

Dernière question, est il possible d’exister en tant qu’artiste engagé dans le Togo du président Faure ?

Oui c’est possible même si nous ne sommes surement pas les artistes à avoir le plus de visibilité, je crois que c’est possible avec de la volonté, de la détermination, une bonne stratégie et beaucoup de patience.

Le mot de la fin ?

Un grand merci à Quali District de me donner l’occasion de parler de ma musique. Et bien sur merci à ceux et celles qui me soutiennent et qui kiffent mes sons et mes textes. On est ensemble !

Retrouvez toute l’actualité de 2CO ICI sur sa page facebook officielle.
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Propos recueillis par Adrien Pierrin