On ne présente plus C2C, collectif français de Turntablism quatre fois champion du monde de Dj par équipe lors des concours DMC… Cette année, les quatre nantais ont sorti un EP à l’image de leur musique : bien construit et diablement efficace ! « Down The Road » connait un succès important dès sa sortie, et les C2C se retrouvent programmés dans pratiquement tous les festivals de l’été.

Conscients que de nombreuses interviews ont été faites, et que tout (ou presque) a été dit sur le groupe, tentons de les trouver au moment où ils ne s’y attendent pas. En backstage juste avant qu’ils ne montent sur scène par exemple. Ça tombe bien les voilà…

Les projets Hocus Pocus et Beat Torrent ont fait leur chemin, et vous voilà à nouveau réuni tous les quatre sous la bannière C2C. Peut-on parler d’une « réunification de projet » ? 

Atom : Je ne dirais pas ça. En fait la première entité qui est apparue c’est Hocus Pocus, vers 1994/1995, un truc comme ça. Ensuite on a créé C2C en 98. A la base, il y avait juste Greem et 20Syl. Je me suis raccroché au truc, et Pfel est venu ensuite. Pas mal d’années après, en 2006, on a créé Beat Torrent. Tout ça pour dire que C2C ça fait pas mal de temps que ça existe, et que là on ne peut pas parler réellement de « réunification de projet ». On revient juste naturellement au projet C2C après plusieurs années dans des projets différents.

Pouvez-vous définir l’univers musical du projet C2C ? Des références en particulier ?

20Syl Peut-être le coté digital, et cette énergie numérique dans les rythmiques et dans les basses, allié à l’authenticité des sons vintage, du côté soul, funk et jazz. Il nous arrive même d’aller chercher des sons dans des vieux disques de rock. Des sons qui ont du grain en tout cas. Donc en gros : ce côté chaleureux organique, avec ce côté très digital et percutant. C’est un peu ce truc là qui pourrait définir ce qu’on essaie de faire je pense.

Atom : Au niveau des influences, il y a tellement de choses… On pourrait pas te sortir des groupes qui ont été des « exemples » pour nous. Après il y a eu des collectifs de dee-jay sur lesquels on s’est un peu calqué au début, mais pour parler des influences, c’est très vaste : du blues à la musique asiatique !

Vous avez eu une grande période « concours » avec vos performances dans les championnats de DMC. Vous étiez reconnus pour votre technique. Voulez vous garder cette empreinte, ou évoluer vers autre chose ?

20Syl : C’est vrai que tu mets plus en avant la technique dans une compétition. Mais déjà à l’époque on restait accessible dans ce qu’on proposait, c’était vraiment la volonté de base. Faire quelque chose de difficile à faire, mais dont la difficulté n’était pas forcément visible en live. C’est vrai qu’il y a le coté technique. Mais quelqu’un de lambda qui ne connaît pas le djing, il va se dire que c’est juste mortel : « les mecs font ça avec leurs platines ». Mais ils ne vont pas se dire « Wow, quelle démo de technique » ! Le principe c’est de faire de la musique. Ce principe, c’est encore ce qu’on fait aujourd’hui dans nos compositions, et aussi dans la manière dont on les interprète en live.

Greem Pour nous ce qui est intéressant, c’est de passer à l’album et à la scène, pour enfin sortir de ce 6 minutes qui nous a trop cadré pendant ces quatre ans.

Pfel Restreint !

Greem C’est vrai que c’est bien plus intéressant aujourd’hui de bosser sur plein de morceaux et de les interpréter en live en les étirant autant qu’on veut. Pour nous, c’est incomparable. C’était une évolution logique de se donner plus de temps pour exprimer ce qu’on avait envie de faire avec les platines. Ça va être très dur de retourner à ce format « compétition » après ça.

Atom : De toute façon on n’y reviendra pas ! (Rires)

Pfel : Maintenant on a vraiment un statut de musicien, alors qu’avant c’était juste « performer ». On a vraiment pris de la maturité avec ce projet.

Justement le dernier EP est très accessible. Chaque morceau a un format radiophonique. Mes parents l’écoutent tout le temps, et on ne peut pas dire qu’ils apprécient le turntablism !

20syl ça a toujours été notre but ! Le show 2005, on m’a dit plein de fois que ça avait été le moyen pour plein de monde de montrer à leurs parents ce qu’était le djing. Cette vidéo a été un peu notre carte de visite. Quelque part, je pense que dans notre musique on ne formate pas les morceaux, on veut juste les rendre efficaces.  Donc c’est vrai que quand tu vas directement à l’essentiel, tu peux arriver à un format « radiophonique » comme tu disais.

Pfel : Quand on parle avec les gens, on se rend de plus en plus compte que notre musique traverse les générations. Du 7 à 77 ans ! Des kids aux grands-parents. On nous dit beaucoup ça. Quelque part c’est une victoire de faire quelque chose de pointu et de toucher autant de monde.

Contrairement à d’autres groupes de turntablism votre musique est très peu « hachée » par les breaks et les scratches. Cela s’inscrit-il dans la même optique ?

Atom Bien sûr. On a toujours voulu prendre le contrepied de ce délire « hyper technique ». Quand tu écoutes certains dee-jays… c’est des Van Halen de la platine ! C’est haché, et du coup pas très accessible. Nous on joue une autre carte, il ne faut pas que ce soit chiant à écouter sous prétexte que c’est technique.

Parlons du sample de voix du morceau « Arcades ». Tout le monde veut savoir d’où il sort, et nous aussi !

Tous Joker !! On n’a pas de buzzer pour appuyer mais c’est tout comme ! (Rires)

Bon, alors dites-nous ce que la voix dit au moins!

Atom Ce que tu veux !

Greem : C’est une hallucination auditive ! Du Yaourt.

20syl : En fait on a pris des petites syllabes qu’on a jetées un peu comme ça au hasard…Enfin, un hasard un peu calculé quand même (Rires). L’idée c’était d’utiliser la voix, mais d’en enlever le sens. On trouvait ça intéressant.

Pfel : On a séparé, manipulé, re-scratché, et au final c’est ça qui donne le fil. C’est pas vraiment identifiable.

Atom On a vu sur Youtube, un mec qui a mis que ça voulait dire « J’aime Microsoft » un truc comme ça. Faudrait retrouver la phrase. (Rires) Y’en a plein d’autres, ça nous a bien fait marrer.

Je vous voyais écouter du son tout à l’heure, qu’y a t-il dans vos IPod ? Des sorties qui vous ont marqué ces derniers temps ?

Atom Moi j’ai bien kiffé le dernier album de Grems : Algebre 2.0 avec Noza qui fait les prod.

20syl Le disque d’Appolo Brown : Clouds ; ça c’est cool.

Un groupe Nantais aussi, qui s’appelle Backpack Jax, ils ont fait un Ep plutôt bien foutu (Remember The Future, NDLR)

Pfel : The Shoes aussi. On a déjà joué avec eux une fois ou deux, et on a vraiment kiffé. La façon dont ils interprètent leur musique en live, c’est propre. C’est vraiment différent de l’album, il y a une vraie vibe en plus.

Les concerts qui vous ont mis une claque ?

Tous Pareil The Shoes !

20syl : Bernhoft aussi ! Je sais pas si t’as vu on a fait un remix de Shout sur son Ep. Il est Norvégien, on est allé le voir en concert, et ça va, il te met bien la claque pour le coup.

Propos recueillis par Paul Muselet.