Le virus généré par  « Delu le Buffle » aka Dalla$ aura fini par contaminer positivement nos oreilles ! Comment aurait-il pu en être autrement ? Un rap d’écorché vif, une personnalité atypique, une ouverture musicale allant de la trap au punk ! Pour couronner le tout, il s’attache à mettre un joli dégât sur scène… On lui pardonnerait presque d’être bordelais ! Quali District se penche sur le cas Dalla$, auteur de l’excellent projet Virus & Vaccins.
Comment définirais-tu ton personnage ? Pourquoi l’avoir appelé Dalla$ ?

Dalla$ : Quand j’ai commencé c’était « Delu », et il y avait un délire autour du buffle. Je rappais tout le temps et partout. Je fonçais tête baissée, alors les gens se sont mis à m’appeler comme ça.

Dalla$ c’est un peu comme si toutes les angoisses de Delu s’étaient extériorisées. J’assume tout ce que j’ai envie de faire, et j’y vais corps et âme. Au final, c’est un loser magnifique. Un fêtard à côté de ses pompes, mais qui trouve quand même le temps de charbonner !

Quel cheminement as-tu suivi, pour arriver à cette image de « dandy trash » ?

D : Ça faisait déjà longtemps que je voulais me déguiser et me mettre en scène. Je ne me suis pas vraiment posé la question. Le but c’est de tirer son épingle du jeu. C’est ce qu’on essaie de faire dans l’imagerie de nos clips, en jouant avec ce côté androgyne. La prochaine vidéo de Dalla$ sera dans cette veine un peu provoc’. Je pense que c’est un truc qu’il faut développer dans le rap en France. Les gens sont frustrés, ils n’osent pas. Je suis un grand fan de David Bowie ! Le mélange des genres, c’est fascinant. J’aime être aux antipodes de ce qu’on attend d’un rappeur classique.

Dans Virus & Vaccins, il y a des passages vocaux assez agressifs. Mais en même temps, il y a un côté  pop sur certains morceaux. D’ailleurs, un de tes potes a commenté ton clip de  « La Ballade » de façon assez magnifique : «On perd en Lord Kossity, mais on gagne en Cindy Lauper»

D : (Rires) Ah oui c’est vrai ! Mon pote se marre, mais à la base c’était un vrai commentaire, sur un de mes anciens clips ! En gros le mec disait que j’étais «une espèce de Lord Kossity mais en moins bien ». Je me suis dit : mais putain c’est quoi cet exemple ? (Rires)

Tu as l’air autant attiré par le rap hardcore que par les sonorités à la Young Thug. Tout au long de l’album, on se dit que tu écoutes beaucoup de musiques différentes et que tu refuses de choisir.

D : C’est vrai. J’essaie de fusionner des univers très différents. Ce qu’il faut savoir, c’est que je ne suis pas un auditeur de rap pur et dur. Ni un auditeur de punk ou de metal d’ailleurs. Ça peut surprendre mais j’ai commencé par écouter beaucoup de reggae…

Et de ragga ? Lord Kossity ! On a enfin trouvé le lien !

D : Tu m’as eu ! (Rires) Je n’ai pas de limite en fait ! Dans la musique il y a plein d’émotions différentes. J’ai toujours trouvé ça stupide de se complaire dans un truc sectaire. Après, le côté éclectique de Dalla$ ne vient pas seulement de moi. J’ai la chance d’être entouré de beatmakers différents et talentueux dans leur délire. Forcément, quand on me propose une instru pop ou metal, ça me force à expérimenter des choses. Mais je ne renie pas du tout le rap. Ma base musicale est profondément ancrée là-dedans. Pour résumer : je fais du rap décomplexé !

En studio, comment passes-tu d’un extrême à l’autre ?

D : Je bosse avec trois amis qui me proposent des prods. Il y a Pakun Jaran (DJ sur scène avec Dalla$, ndlr), Denis Dedieu, Pierre Jack, et Sam Barbier du groupe Daisy Mortem. Je fais ma sélection et j’écris mes textes dessus.  Le but, c’est de développer mes ambiances en essayant de me fixer sur les spécificités du morceau. Du coup je change de flow à chaque fois. Je me prends grave la tête ! Au niveau de l’écriture, un morceau comme « La Ballade »… ça m’a pris deux mois !

Au niveau vocal, on sent que tu es un grand auditeur de rap français. Par endroits sur le morceau « La Fin », ta voix sonne comme celle de Furax, que tu nous disais avoir beaucoup écouté…

D : À fond ! Furax m’a retourné le cerveau, c’est clair. J’ai écouté ce mec dans tous les états. En étant joyeux, sobre, bourré, triste… et à chaque fois c’est le même frisson. Il a un talent rare. Mais en même temps… qui le fait mieux que Furax ? Je n’ai pas du tout envie d’être une pâle copie. Ça reste une influence très importante. Mais en tant qu’auditeur, disons-le : c’est le meilleur. Il allie la force du texte à l’énergie vocale. Ce qui est fort, c’est qu’il arrive à parler de son histoire personnelle d’une façon universelle. Son rap est intime, viscéral, mais il parle à tout le monde.

Le fait de mettre le morceau « La Fin » à la fin du disque, était-ce une façon de rappeler aux gens que tu savais aussi manier les codes du rap « classique » ?

D : Il y a un peu de ça ! On peut très bien kicker sur des instrus à 90bpm, sachez-le ! (Rires) C’est bien  de s’éloigner du rap de temps en temps, mais je n’ai pas envie de le quitter. Ça fait partie intégrante de l’identité de Dalla$. Au final, j’aime autant faire des morceaux dans le style de « La Fin » que « Penoplastie », ou « Salem Village ».

À t’entendre, Dalla$ n’est pas vraiment un projet solo. Tes amis (et l’entourage du label We Are Vicious) semblent occuper une place très importante dans ta musique.

D : C’est vraiment le cas. On vient tous de Pessac (banlieue de Bordeaux, ndlr), on se connait depuis très longtemps, et on a toujours eu envie de créer ensemble. On a mis en commun nos compétences pour s’amuser au maximum. Ce n’est pas vraiment un label, plutôt un collectif. Maintenant, les groupes issus du collectif prennent vraiment le pas sur We Are Vicious. Les identités sont plus claires, plus travaillées, donc elles s’imposent beaucoup plus naturellement. Il y a Dalla$, mais aussi Daisy Mortem (pop noise), Ulrich (metal), NaughtyBabySub (trip-hop), Pakun Jaran qui a un set en solo (electro, IDM), et la chanteuse Aya Neverland.

On arrive à la fin de l’interview ! On ne va pas faire dans l’originalité : quels sont tes coups de cœur du moment ?

D : Je vais te répéter Furax, coup de cœur indémodable. Son dernier album Testa Nera est une grosse tuerie. En fait, je n’écoute presque que des classiques ! Bob Marley bien sûr, David Bowie, Serge Gainsbourg… Dans les artistes plus récents j’ai pas mal bloqué sur Tyler the Creator. La créativité du mec m’a tué. Tous les mecs issus d’Odd Future continuent à sortir des morceaux intéressants d’ailleurs. Young Thug aussi j’ai pris une baffe, mais je n’ai peut-être pas assez de recul… Toutes musiques confondues, mon morceau préféré c’est « Funkify your Life » des Meters ! Complètement génial.

Quels sont tes actus à venir ?

D : Le clip « Oizeau freestyle », sur une face B de Mr.Oizo ! Après on sortira le clip de « Salem Village ». Ça arrive dans quelques mois ! L’autre échéance, c’est l’EP Parazit que je vais sortir avec Pakun Jaran. Si on est bons, on le sort avant l’été. Si on traine la patte, ce sera à la rentrée. On va se faire plaisir… Comme d’habitude, en ne s’interdisant rien ! Quand j’ai fait « Salem Village » beaucoup de gens n’ont pas compris. Mon entourage a un peu halluciné. Mais c’est ça Dalla$, un chien fou ! J’ai envie de persister dans ce délire radical, tout en donnant du sens aux choses.

 

Propos recueillis par Paul Muselet