Le mois dernier, le Dj français le plus titré de l’histoire des DMC, nous accordait un entretien avant son live au Connexion. Après son titre de champion du monde dans la catégorie reine en 2006, le rennais a décidé de changer de voie, se tournant progressivement vers la production électro.  Autour d’un bon buffet catering, nous avons parlé hip-hop, avenir, électro, C2C et turntablism. 

Que va faire Dj Netik en 2013?

Je serai à fond sur la prod ! C’est déjà le cas depuis un petit moment. Petit à petit, je construis mon nouveau projet par le biais de morceaux que je sors gratuitement sur le net. Le but, c’est de passer d’une  image de Dj « DMC technique » à du « Netik »! J’ai envie d’amener des morceaux plus personnels. Là je sors un remix du groupe Aufgang, signé chez Infiné. Ce sont deux pianistes de formation classique qui jouent sur de la musique électronique avec un batteur. C’est mortel. J’ai remixé leur morceau « Kyrie » dans des couleurs électro, hip-hop et glitch-hop. J’ai aussi bossé sur une track du groupe Juveniles, beaucoup plus dubstep.

Tu as aussi sorti une série de maxi, dont l’Ep Blood Bath avec Youthstar…

Oui ! Et un remix de Richie Spice en freedownload (Marijuana, NDLR). Je vais continuer à sortir des trucs, ça arrive !  J’aime beaucoup ce mélange entre hip-hop et musique électro. Il y a aussi d’autres feats avec Youthstar, bien au chaud ! C’est en préparation.

En parlant de production, que penses-tu de la vague de beatmaking actuelle ? Dans une autre interview, on te sentait assez critique vis-à-vis des producteurs influencés par le son des années 90.

J’aime le hip-hop, et j’adore les nineties, il n’y a pas de problème ! C’est la musique que j’écoute le plus. Je viens du boom-bap, pas de l’électro. Mais ce n’est plus du tout là dedans que je veux m’orienter musicalement. Plein de mecs ressortent cette formule et le font très bien. Après… est-ce l’avenir ? Je ne pense pas. Je vais essayer de faire évoluer mon son d’une autre manière, toujours sans prétention bien sûr ! Ça fait cinq ans que je me suis progressivement tourné vers le dubstep et la drum, donc logiquement j’ai pris un peu de distance avec le milieu du hip-hop, même si ça reste ma base musicale. Quand tu écoutes ce que je fais, tu entendras toujours le kick-snare ! Ça ne m’empêchera pas de me tourner vers du neuf.

As-tu été lassé du milieu un peu fermé des DMC ?

Il y a de ça. J’avais surtout envie de sortir des formules toutes faites. À la base, je ne suis ni rappeur ni producteur. Avant d’être scratcheur, j’ai longtemps été Dj pour des groupes de rap. Musicalement, ça laisse assez peu d’espace d’expression. J’ai décidé de partir dans un délire électro, et aujourd’hui les gens me voient comme un mec qui joue du dubstep. Je n’ai pas fini d’évoluer, j’ai envie de continuer à expérimenter plein de choses. Ma musique ressemble à mon parcours : une fusion d’univers différents.

Tu continues quand même à collaborer avec des rappeurs français : je me souviens d’un projet avec Ambitieux…

Le groupe existe toujours. Ce sont des amis d’enfance ! Même si ce n’est pas mon projet principal, je continue à collaborer avec des rappeurs de chez moi à Rennes. Il y a aussi Micronologie. C’est du boom-bap pour le coup. Je suis en train de leur préparer une instru un peu plus électro.

Aujourd’hui avec l’explosion des C2C, le turntablism se démocratise auprès du grand public. Qu’en penses-tu ? Partages-tu les critiques dont le groupe a pu faire l’objet parmi les « initiés » liés à cette culture ?

Les gens sont assez critiques c’est vrai : pas mal d’anciens fans de C2C sont horripilés par le groupe depuis qu’ils vendent des disques. Après, en regardant en arrière, ont-ils vraiment changé leur musique depuis leurs débuts aux DMC ? Je n’en suis pas si sûr. Je n’aime pas tout car c’est souvent trop grand public pour moi, mais c’est très bien fait, il faut le reconnaître. Au niveau du scratch, c’est excellent, ça n’a jamais changé de ce côté-là. Je pense qu’il faut prendre les bons côtés. Je pourrais très bien être aigri moi aussi ! J’ai commencé le scratch avant eux. Mais quel intérêt ? C’est une façon de voir les choses. On peut aussi se dire qu’ils ouvrent des brèches pour plein de monde. Il y a deux ans, la majorité des personnes qui blindent leurs Zéniths ne connaissaient même pas l’existence du mot turntablism. Maintenant, le scratch existe aux yeux du grand public. Où est le mal ?

Que penses-tu du concours des DMC Online ?

C’est bien ! Ça marque une évolution logique, car il y a beaucoup moins de moyens. Pour tout te dire, je n’ai même pas regardé cette année. Je suis quand même beaucoup moins dans le scratch qu’avant. Je connais le taf de Fong Fong : son délire des Simpson, Rayman… Il apporte quelque chose de nouveau. Le côté décalé fait bien plaisir.

On a une tradition à Quali District : le quiz musical en fin d’interview ! Quel est ton classique ultime,  parmi les morceaux de hip-hop que tu as le plus usé ?

Il y en a plein ! Comme ça, je te dirais Krs One « Sound of da Police », House of Pain, Kriss Kross, les trois-quarts des Cypress, les gros Wu-Tang… En tant que Dj, j’ai envie de te dire « Ante Up ». Tu peux le jouer maintenant, des mecs de 17 ans vont sauter partout !

Musiques électroniques : les dernières sorties qui t’a marqué ?

J’aime bien les derniers Dope D.O.D. Les morceaux de Noisia aussi. Ça fonctionne bien, je suis toujours à fond sur cette veine électro/hip-hop. Les morceaux  glitch-hop d’Opiuo sont très bien aussi. Dans le même délire j’écoute beaucoup Mako.

Le show de turntablism qui t’a le plus impressionné ?

Bonne question ! En live ou en vidéo ?

En live !

Kentaro ! Un set de 2002 que j’avais vu à Rennes aux Transmusicales. Il venait de gagner son DMC. J’ai pris une tarte énorme : comme l’impression d’avoir devant moi le résumé de mes envies du moment.  Tout ce que je n’arrivais pas à faire en fait ! Un mélange de technique, de propreté, tout en gardant la continuité pour faire kiffer les gens.

Et en vidéo ?

Ça remonte au moment où j’ai commencé. Il y avait celles des Beat Junkies, les Qbert, les Babu… Les vieux de la vieille. En fait non ! Je sais. C’était une vidéo de Crazy B et Faster Jay d’Alliance Ethnik aux DMC World 94 ou 95. C’est un de mes shows favoris. A l’époque c’était mortel !

Un dernier mot ?

Pour écouter mes derniers morceaux : www.soundcloud.com/netik !

 

 

Propos recueillis par Nicolas Peillon et Paul Muselet
Photos : La Ruelle
Merci à Not4Kids