On a croisé Pone à Toulouse pour une de ses premières interviews de 2015. On se disait que le moment était bien choisi pour faire un bilan et parler des projets à venir. Une interview un peu chiante quoi. Finalement, on a vite abandonné nos notes pour parler musique. Au menu : Nicki Minaj, Young Thug, A$AP Ferg, la trap en France, Nekfeu et Milez Benjiman !

L’année 2014 a été très riche pour toi, et tu es encore en tournée avec Sarh. Comment se profile 2015 ? Quels sont tes projets ?

Pone : Je suis en train de terminer mon prochain maxi pour Ed Banger. Je ne sais pas encore si je le sors au mois de juin ou à la rentrée. J’ai beaucoup travaillé dessus. Cela n’aura rien à voir avec Erratic Impulses. Ça a été très productif cette année c’est vrai, je voulais me faire un peu absent avant de ressortir des trucs. L’autre projet c’est mon album, et le live qui va avec. Je pense le sortir en 2016.

Le maxi sera-t-il annonciateur de l’ambiance de l’album ?

P : Ce sera très annonciateur. Ouvert musicalement, organique… C’est ce qui me ressemble en ce moment. Je ne dirais pas que c’est plus calme, mais… En gros, je me situe entre Erratic Impluses et Sarh. Un truc assez cool. Je suis sur des ambiances moins violentes, même si j’ai encore quelques cartouches dans ma besace !

On avait suivi de près ton projet Train-Train avec Greg Frite… et puis plus rien. Que s’est –il passé?

P  : Ça a été mis en stand-by l’année dernière, car Greg avait sa chronique sur Canal+. Il a fait ses trucs de son côté, et il a eu raison. On avait pas mal de morceaux finis, c’est juste mis de côté. Je l’ai vu récemment, je pense qu’on va continuer à faire des choses ensemble, mais pour l’instant, je me consacre aussi à mes projets. On verra pour la suite !

Et Birdy Nam Nam…

P : [il coupe] Je n’ai plus rien à voir avec Birdy Nam Nam. J’ai quitté l’aventure. Ils font leur truc de leur côté et moi du mien.

On voulait revenir avec toi sur les dernières actus rap US. Tu as bien kiffé la dernière mixtape de Young Dolph de Memphis apparemment (High Class Street Music 4).

P : Ah oui elle est complètement tarée celle là !

Quand tu guettes les dernières nouveautés, tu te tournes vers quelle scène en général ?

P : Atlanta forcément, car c’est la plus productive depuis 3 ans. Que ce soit Gucci Mane, Migos, Young Thug… Franchement il y a du monde. Après, je ne suis pas connecté à une scène en particulier, j’écoute tout ce qui sort, du moment que c’est cool et que ça fonctionne.

Un projet t’a il particulièrement marqué?

P : C’est parfois difficile de suivre l’actu de tous les producteurs d’Atlanta, car tu as l’impression qu’ils ne s’arrêtent jamais. Les Dun Deal, Mike Will… ça va super vite. J’essaie de rester à l’affut, mais franchement c’est la course. Un rappeur comme Young Thug, il y a deux ans personne ne le connaissait. Là ça explose. Il est partout.

Young Thug, tu valides ?

P : À fond! Moi tu sais, je valide plein de trucs. Nicki Minaj je la valide grave!

Son dernier album est mortel…

P : Mais tellement… Le « Only » avec Drake et Lil Wayne. Il est fou ce truc.

Du côté de Chicago, tu as jeté une oreille à la dernière tape de Lil Herb ?

P : La dernière pas encore. Par contre j’ai bien saigné celle d’avant, la Welcome To Fazoland. Mais voilà l’actu est trop speed. J’ai plus vingt piges! Je suis père de famille et j’ai ma vie, je ne peux pas passer dix heures par jour sur internet à cliquer partout. J’ai toujours des potes hyper-connectés qui me font écouter un tas de trucs, ça aide! C’est comme ça que j’ai découvert « Doe-Active », le dernier A$AP Ferg. Je vais le jouer toute à l’heure. Incroyable ce morceau, il est vraiment chaud!

Récemment, Booska-p a publié un article sur l’omniprésence de la trap, disant qu’en ce moment le rap français aurait un gros problème de diversité, avec des MC aux flow identiques. Qu’en penses-tu ?

P : Le rap français, j’y suis attaché et détaché à la fois. C’est une question de génération. Quand j’entends les textes de certains rappeurs actuels, forcément ça me touche beaucoup moins. Je vais me sentir beaucoup plus proche du délire des mecs de l’Entourage. Pour le coup ce n’est pas de la trap, et c’est un style de rap plutôt actif en France. Ces sons me parlent, ça me rappelle l’époque Time Bomb. Après voilà, j’écoute aussi des morceaux d’artistes de la nouvelle génération comme Joke, Kaaris… Booba aussi. Il a vraiment réussi à traverser les époques en s’adaptant, c’est assez unique. Les mecs vivent avec leur temps. Je sais reconnaitre et apprécier ce qu’il se fait de nouveau. Il ne faut pas toujours chercher à opposer les écoles.

On t’aperçoit en train de scratcher à la fin du clip de « TIME B.O.M.B » de Nekfeu. Pour un rappeur aussi jeune, tu ne trouves pas sa démarche rétrograde? L’image est volontairement vieillie, pour « faire à l’ancienne », alors que c’est une époque qu’il n’a pas connue.

P : Il ne l’a pas connue mais il la respecte. Il la met en avant, et c’est tout à fait logique vu son parcours. Tu sais, j’ai entendu des extraits de son nouvel album. Et franchement il y a toutes sortes de choses dedans. C’est vraiment loin d’être un revival. Le morceau « Time B.O.M.B » non plus d’ailleurs. Je le vois comme une belle dédicace, il marche très bien. Ils n’ont pas connu cette période certes, mais en tout cas ils la connaissent par cœur. Les Deen Burbigo, les Jazzy Bazz… ils connaissent les bails, avec les couplets et les rappeurs qui ont compté. Et ils savent en retirer la sève.

Ce soir tu joues pendant cinq heures, quel est le tube hip-hop qui va brûler la salle à coup sûr ?

P : Je vais me sentir obligé de te reparler du « Only » avec Nicki, Drake, Lil Wayne et Chris Brown… Cette track m’a retourné. Le A$AP Ferg aussi… Ce soir je vais mixer de la techno et de l’électro sur la fin, mais ce sera surtout du rap. J’ai envie !

Et du côté électro, un de tes derniers coups de cœur ?

P : Je ne sais pas si c’est récent, mais j’ai beaucoup aimé « Chop That Wood » de Milez Benjiman. J’étais avec Sarh en concert à Reims. On était dans un bar où un mec mixait. Il a balancé cette track et j’ai pris une bouffe ! Un gimmick chanté revient tout au long du morceau. C’est bien lent et gras, avec une grosse basse. On dirait un peu une prod à la Oizo, avec un mec qui chante hyper-bien. Sinon, je me suis mis au dancehall il y a peu! Je n’ai jamais été trop dedans, mais je me suis connecté avec certains Djs qui m’ont bien rempli mon ITunes.

 

Propos recueillis par Paul Muselet
Merci à Recreatif’Event