Détrompez-vous, le titre n’a rien de péjoratif. DonMonique vient de Brooklyn, elle a 21 ans, et elle ne se fera pas uniquement remarquer pour la pochette explicite de son premier EP. Portrait d’une jeune rappeuse du présent, conceptrice d’un « Thirst Trap » inspiré, cohérent et séduisant. De très bon augure pour la suite.

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Au départ, le sens premier du thirst trap n’a aucun rapport avec le rap. Cet art de l’autoportrait, du selfie à tout va, cette obsession du « moi » via les comptes instagram est à mettre au crédit des stars misant tout sur leur physique, comme Amber Rose ou la playmate Yovanna Ventura. Cette nouvelle façon de s’exhiber auprès des fans fonctionne tellement bien (on touche le million de like à la moindre photo suggestive de Kim Kardashian) qu’elle est devenue un vecteur de succès incontournable pour tout business ayant recours au buzz, même parmi les rappeurs masculins issus du gangsta rap (cf. Ca$h Out !).

C’est dans ce contexte que DonMonique a évolué en tant qu’artiste. Jeune, jolie et fashion victim sur les bords. Car cette rappeuse là n’a rien d’un garçon manqué. Une manucure travaillée, des coiffures fluo millimétrées, des poses photos étudiées… Une identité ultra-féminisée correspondant en tout point à  sa musique. Féminisée, suggestive… mais toujours soft. Rien à voir avec une énième copie de Lil’Kim. Vice le résumait plutôt bien le mois dernier : « it’s like trap but sexier and with more lipgloss ». Qu’en dit la principale intéressée ? DonMonique revendique un son qui lui est propre. Selon ses dires, elle aurait conceptualisé le thrist trap dans un genre musical bien spécifique : « my music is trappy but at the same time it’s cute and it’s sexy ».

Une description assez appropriée de son seul hit (toute proportion gardée) précédant la sortie de Thirst Trap, un « Pilates » minimaliste articulé sur fond de name-dropping (« Kendall, Kylie, Miley ») montrant déjà une certaine fascination pour les pop-stars passées sous le feu des projecteurs.

Un essai concluant, mais dont la qualité n’égale aucune des pistes de l’EP, chacune d’entre elles développant bien plus de singularité. C’est là que se déploie le véritable « Thrist Trap » revendiqué par la rappeuse, annoncé sans détour via le visuel de la pochette (laissant apparaitre DonMonique au côté d’une de ses amies, la mannequin new-yorkaise Chasity Samone) reprenant une célèbre photo de Puff Daddy.

diddy

Alors qu’il était difficile d’en juger sur « Pilates », l’aisance du flow de DonMonique frappe d’entrée de jeu. Du côté des productions des 6 titres de l’EP (signées Stelios Phili), c’est du grand art. Multiples, les influences se mélangent harmonieusement, à tel point qu’il devient difficile de déterminer si cela sonne « est », « ouest », ou « sud ». En fait, on oublie tout ça assez vite, se demandant si finalement, la rappeuse n’aurait pas (effectivement) trouvé son propre son. La basse omniprésente ne couvrirait-elle pas une voix trop en retrait sur « Drown » ? Pareil, on finit par s’en foutre royalement. On réécoute naturellement le morceau sans bouder notre plaisir. Un symptôme qui ne trompe pas.

Autre bijou de l’EP : l’excellent « ION » voyant l’apparition du chant avec un refrain autotuné. Une parenthèse bienvenue pour aérer Thirst Trap, et dévoiler une autre facette de la new-yorkaise, plutôt à l’aise dans ce registre (même si son naturel transparait davantage dans les couplets « classiques »).

Autre grande force de DonMonique : sa connaissance du rap. Si les influences sont multiples, son flow traduit la conscience d’un certain héritage new-yorkais. Sur cet EP, pas de diction décérébrée, pas de suivisme forcené au regard des modes édictées par le sud. Sans regarder dans le rétroviseur et s’inscrivant pleinement dans l’actualité, Thirst Trap « sonne New-York ». Et aussi bizarre que cela puisse paraitre, la façon de poser de DonMonique sur le titre « UNTLD » nous a rappelé le style d’une autre new-yorkaise… Jean Grae.

Du grand n’importe quoi nous dit-on dans l’oreillette. Et pourtant. En 2015, DonMonique est-elle la version Instagram de Jean Grae (qui au passage, s’adonne volontiers à l’exercice du selfie depuis l’explosion du phénomène)? Une féministe « connectée », mettant en avant son image de façon libérée, jouant autant de ses charmes que des instincts machistes, se servant des armes mises à sa disposition pour s’imposer au micro ? Si la démarche n’est pas nouvelle, elle s’incarne ici dans la conception et l’identité du son. Un « mode 2.0 », bien aidé par le défilé des images squattant frénétiquement les fils d’actualité sur nos écrans. Encore faut-il suivre le compte Instagram de la demoiselle… (Clique ici sacripant, ça t’évitera ce détour Google qui te coûte tant : www.instagram.com/donmon1que)

 

EP à l’écoute, en streaming sur Soundcloud : https://soundcloud.com/donmon1que

 

 

Paul Muselet