Le DJ des mythiques Svinkels roule sa bosse depuis plus de 15 ans, sur scène comme en studio. Aujourd’hui, le doc continue à faire parler les platines au sein du « crou » Stupeflip. Véritable passionné, Dr. Vince n’a jamais eu l’intention de se prendre au sérieux. Si son respect pour la musique est grand, la tentation de s’en amuser l’est peut-être davantage. Rencontre avec un apôtre du hip-hop décalé.

Peux-tu nous parler de ton parcours ? Comment as-tu rencontré les Svinkels ?

Je suis un grand amateur de musique. J’ai commencé très tôt à m’y intéresser. Avec mon frère on collectionnait les disques. On a acheté des kilos de 45 tours dans les années 80. ! J’ai découvert le hip-hop plus tard, au moment où ça a vraiment décollé chez nous, en 1992-93 avec l’arrivée des premiers groupes français. Ntm, Assassin, Iam, Little Mc, Mc Solaar… tous ces rappeurs que tout le monde connaissait. Il y avait toujours un DJ
derrière eux, et ça m’intéressait grave. Cette culture m’a tout de suite attiré.

Après j’ai commencé à mixer dans des petits clubs, des bars… tous les endroits où tu pouvais trouver des platines et des tables de mixage. Au bout d’un moment il a bien fallu trouver un peu de matériel ! A l’époque, je travaillais en tant qu’apprenti carrossier-peintre, et les soirées commençaient à me rapporter un peu d’argent. J’ai investi dans le matos, je me suis associé à des groupes et j’ai multiplié les scènes. De fil en aiguille, j’ai rencontré les Svinkels. On a bien tripé en soirée et j’ai vite compris qu’on était sur la même longueur d’ondes. J’ai connu King Ju et Cadillac plus tard, au moment où ils venaient de sortir leur premier album.

Comment t’es tu intégré au projet et à l’univers particulier des Stupeflip ?

J’ai fait la première partie de leurs trois premiers concerts. Ça s’est fait naturellement. On a kiffé nos styles respectifs et on a sympathisé. Pour le deuxième album, King Ju m’a appelé pour que je m’occupe des scratches et de quelques arrangements… Idem sur le troisième. Ce qui nous réunit clairement… c’est le train fantôme !

Musicalement on a beaucoup d’influences en commun. Ju aime le hip-hop: toute cette dynamique des années 90, de New-York… la West-Coast aussi. C’est un fan d’Ice Cube et de Psycho Realm, tout comme moi! Il adore le métal, la chanson…et ça s’entend dans sa musique ! Ce qui nous rapproche le plus, c’est peut-être le rock. Je viens de là. J’ai toujours gardé des liens très forts avec la scène rock alternative. Les Svinkels eux, se sont très tôt positionné dans des postures de détournement du hip-hop américain. Un tout autre univers, et une forte présence dans les milieux rock, ce qui reste assez rare pour un groupe de rap.

C’est-ce qui t’a rapproché du groupe à l’époque ?

Je les ai rencontrés par le biais de Pone, qui était leur DJ. Souvent, je le remplaçais sur scène quand il ne pouvait pas venir. A leurs débuts, ils tournaient encore avec leur cassette. Ils étaient trois, ils lançaient leur DAT… et en avant Guingamp! L’air de rien, ils faisaient quand même du rap conscient. Certains textes abordent des thèmes politiques avec de vrais problèmes de société… Après c’est sûr, il y a l’univers des Svinks’ !

Des morceaux sur la picole, le cul…les trucs drôles quoi ! C’est aussi ça qui m’a attiré chez eux. Ils portaient en eux l’énergie rock. Je ne connais pas de groupe équivalent en France. Chacun a son parcours, mais eux quand même, ils ont enchainé. Au niveau de la scène, tu as les indétrônables IAM, NTM et Assassin. Mais après, franchement … Svinkels ! Ils ont tourné partout et tout le monde les connait. Ils ont réussi à toucher le public au-delà du hip-hop. Tu pouvais les retrouver dans des festivals qui n’avaient rien à voir avec le milieu du rap. Les univers peuvent se rejoindre et se mélanger. Ils l’ont montré, et ce n’est pas donné à tout le monde !

Tu es un des pionniers du Mash-up. Comment la pratique a-t-elle évolué, et quand est-il aujourd’hui ?

Il y a plein de possibilités au niveau des mélanges. Chacun a son école et son style. Quand je vois ce que fait un mec comme Zebra… c’est mortel. Ma méthode est un peu différente. Je suis dans l’esprit mash-up où tu vas aller chercher une partie instrumentale connue pour y placer des MC. Ça a été ma vision depuis le départ.

Faire rire les gens et provoquer une réaction avec des compositions décalées. C’est vraiment tripant d’écouter le début d’une chanson archi-connue, de s’attendre à la voix « habituelle » qui en censée arriver… et de se retrouver avec un rappeur qui déchire le truc ! Il y a peu de temps j’étais dans un salon de tatouage, et j’ai balancé un mix de Muggs, qui fait un mélange entre Blondie et le Wu-Tang ! Le mec a juste pris la boucle
ultime, et le morceau est une tuerie… Il y a plein d’arrangements de ce style à découvrir sur le net.

Mon idée n’est pas de mettre Noir Désir sur Mano Negra, ou Queen of the Stone Age avec France Gal. Ça peut être cool mais ce n’est pas mon délire.

Des fois même, je trouve que des morceaux de hip-hop sont très bons, mais que l’instru a mal vieilli, ou que le système son n’était pas forcément top au moment de l’enregistrement. Pour plusieurs raisons je peux me dire que le morceau pète beaucoup moins qu’il ne le devrait. Des fois tu as juste envie de le dynamiser pour faire la fête ! Dans les limites du bon goût bien sûr ! (Rires)

Tu es aussi organisateur de soirées…

(Il coupe) Ouais les Wanted ! C’est bien ça, c’est mes soirées ! (Rires)
C’est au Nouveau Casino, le projet est cool, mais je vais ralentir un peu pour en proposer deux ou trois par an. Et faire du lourd ! Là, j’ai fait tourner tous les amis et les personnes que je connaissais de près. Les Svinks, les Stup, Beat Torrent, C2C, Birdy Nam Nam, Duke d’Assassin, TTC, Klub des Loosers… Maintenant on va peut-être partir dans des styles un peu plus rock, mais qui resteront toujours abordables. On ne va pas proposer des
affiches pour des spécialistes de la musique. Je tiens à rester dans le même état d’esprit : faire kiffer les gens avec de la bonne musique, tout simplement !

Des projets studio ? Et l’album de Stupeflip ?

Oui, un nouveau maxi qui tue ! Et quelques dates fin 2012. Ce sera surtout l’année prochaine je pense. On va essayer de réunir les copains pour faire un album assez homogène et varié. On y travaille, mais c’est vrai qu’avec les lives, les soirées, c’est dur de se poser et de s’y mettre. Rien ne t’empêche de prendre ton laptop quand tu bouges, mais bon… je ne suis pas de l’école 2.0 !

Les dernières sorties qui t’ont marquées dernièrement ?

Le dernier Mustang (Tabou, NDLR). J’aime bien le prochain Stupeflip aussi, il y a de purs sons, vraiment. Sinon les Birdy Nam Nam, toujours là… Le dernier Coup 2 Cross, et tous les potes qui sortent des projets intéressants et novateurs. Mais il y a tellement de choses… J’ai envie de te dire : les derniers 45 tours que j’ai acheté aux puces la semaine dernière !

 

Propos recueillis par Paul Muselet