À la découverte de la pochette du dernier Future (en téléchargement gratuit depuis le 20 mars dernier), on s’est posé deux questions : pourquoi « 56 Nights », et pourquoi cette typo, plutôt inhabituelle pour un rappeur issu de la scène d’Atlanta? Pour boucler sa trilogie de mixtapes post-Honest, Future a rendu hommage à Esco -son Tour Dj-, incarcéré pendant 56 jours à Dubaï en novembre et décembre 2014.

Le 18 novembre, Dj Esco débarque aux Emirats Arabes Unis en provenance d’Amsterdam. Il doit assurer le show aux côtés de Future lors du Grand Prix d’Abu Dhabi, épreuve comptant pour le championnat du monde de Formule 1. Problème, à la descente de l’avion, il se fait toper par les autorités locales avec plus de 18 grammes de marijuana. « The coolest DJ in the world » ou pas, la police locale ne blague pas, et Esco passe directement par la case prison. Pour son avocat, impossible de savoir s’il prendra un mois, six mois ou quatre ans. Lors de sa libération le 13 janvier (pour « bonne conduite » selon les autorités), même l’ambassade américaine n’en revient pas. Apparemment aux Emirats, la justice n’est pas toujours aussi clémente à l’égard des citoyens américains.

Côté musique, la tape entre d’emblée dans le vif du sujet, avec « Free at Least » une intro angoissante ambiance Midnight Express. Juste après, les grosses basses de « Never Gone Lose » viennent agresser les enceintes. Le ton est donné: la tape sera froide, lourde et martiale.

C’est plutôt bon signe en fait. Depuis la désillusion Honest (disque très peu vendu en rapport à son exposition médiatique en 2013, et largement inférieur en qualité à la tape gratuite No Sleep, sortie aux côtés d’Esco), notre référence, c’était clairement Monster. Un projet au son massif et rentre-dedans, taillé pour les strip-clubs, avec le jeune Metro Boomin et la 808 mafia à la production exécutive. Car c’est bien dans ce contexte que Future excelle. Dans l’agressivité. Quand l’instru est sale et que les basses frappent (il n’y a qu’à écouter « Throw Away »). On le rappelle au passage, Esco est le Dj officiel de Magic City, strip-club faisant la pluie et le beau temps dans l’élection des hits rap en vogue à Atlanta. Cela peut aussi expliquer la proximité et la complicité unissant Esco et Future, décidemment sur la même longueur d’ondes. En outre, cela peut aussi expliquer l’échec de ses tentatives mainstream. Future n’est pas un chanteur R&B. C’est un rappeur qui chante, au top de sa forme quand il s’agit d’évoquer les drogues dures et le quotidien de la rue à Atlanta. Future ne sera jamais Drake (doit-on s’en plaindre?), et l’univers de la 808 mafia lui convient parfaitement. Ce n’est pas un hasard si on retrouve Southside derrière les productions de 56 Nights, participant largement à la réussite du projet. Mais c’est Tarentino, un autre membre des 808 qui se charge du single de la tape, le très réussi « March Madness », nous emmenant sur une autre planète.

Au réveil, Southside nous ramène droit à la réalité sur le morceau suivant, nous rappelant que 56 Nights a avant tout vocation à peindre l’incarcération et la solitude. Pari réussi avec le très sombre « Trap Niggas ». Ce morceau là ne passera jamais en club, mais squattera un bon moment nos casques, sans le moindre doute.

Tape en téléchargement gratuit ici : http://www.datpiff.com/Future-DJ-Esco-56-Nights-mixtape.695558.html

P.M