Il y a 3 ans, pour nous Kaaris, c’était le rappeur avec une grosse voix qui avait posé un énorme couplet sur « Kalash ». Qui aurait pu prédire alors qu’il deviendrait une des principales têtes d’affiche du rap en France? Après un premier album événement en 2013, le sevranais est attendu au tournant. Fini l’effet de surprise: avec Le Bruit de mon âme, voici venue l’heure de la confirmation. Une semaine après la sortie du disque, rencontre avec « K Double Rotor » pour évoquer sa tournée, le rap US, la rencontre avec Therapy, les clips, et le buzz de « Se-Vrak ».

PHOTO 1 -MEDDY ZOO ©  - HD

Comment as-tu vécu ta semaine depuis la sortie de l’album? Est-ce que « tout se passe comme prévu »?

Kaaris : Tout se passe comme prévu, ouais! Semaine très chargée, beaucoup de promo. Un peu fatigué… Je ne m’occupe pas trop des ventes pour le moment, de toute façon c’est un album qui s’écoute sur la durée. Il y a encore des singles dedans. Je vais encore faire 5 ou 6 clips. Je suis un battant. Je suis le meilleur, je me prends pas la tête. Tout doucement les albums des autres arrivent, ça marche très très fort la première semaine et après plus rien, car c’est nul. Le mien il va continuer à vivre. Il est lourd, bien meilleur qu’Or Noir, et les gens le savent déjà.

Tu passes au Bikini la semaine prochaine (le 15 avril 2015, NDLR). Que représente Toulouse pour toi?

K : Après Sevran c’est ma deuxième patrie! Car c’est la ville de 2031, un des beatmakers de l’équipe de Therapy. Sa force c’est la mélodie. « Or Noir », « Le Bruit de mon âme » et « Zone de Transit » c’est lui. C’est sa patte. Franchement, c’est un des meilleurs producteurs que je connaisse. C’est ChiChi, c’est mon ami, c’est mon frère. Rien que pour ça, j’ai hâte de venir. Je suis pressé de le voir dans les loges et dans le public, qu’on kiffe ensemble sur ses instrus.

Je voulais revenir avec toi sur le chemin parcouru. Beaucoup disent que tu as percé sur les mixtapes Autopsie de Booba. Mais le déclic n’a-t-il pas eu lieu avant?

K : Je l’ai vraiment senti à l’époque de Z.E.R.O. Un truc était en train de se passer. Les freestyles que je faisais à Générations commençaient à marquer les gens. Après voilà, mon projet avait besoin d’exposition car il était différent. Que ça vienne d’un côté ou d’un autre c’était pareil. Je devais être vu, et il ne fallait pas louper l’occasion. « Kalash » a été une très bonne opération. C’est aussi ce qui a fait que j’en suis là aujourd’hui.

Pour revenir plus loin en arrière, le morceau « Vendeur de Nah Nah » (avec Despo Rutti) n’a-t-il pas été un détonateur?

K : Si tu me parles de ce morceau, c’est que tu connais le rap français. Mais beaucoup de gens ne connaissent pas ce titre, alors que Despo était déjà très côté quand on l’a sorti. Maintenant, il faut être honnête, l’exposition d’un Autopsie n’est pas la même, c’est multiplié par 20, 30, 40. Ce que j’ai fait sur « Vendeur de Nah Nah », je l’ai refait sur « Criminelle League ». Ce n’était pas le même couplet, mais tu reconnais la puissance. Ça s’inscrit dans une continuité. C’est une suite logique.

Que gardes-tu comme souvenir de cette époque avec Galactik Beats?

K : C’est la recherche. Se poser des questions. Comment faire pour sortir du panier? À cette époque là, j’étais dans le panier des MC’s qui étaient en train d’arriver. Je le sentais, je le voyais. Les morceaux tournaient, j’arrivais sur Booska-p… J’avais ce truc là. Je cherchais juste un moyen pour que les gens kiffent encore plus, qu’ils voient comment j’ai la niaque… et surtout que j’étais bien meilleur que certains.

Tu te souviens de ta première rencontre avec Therapy? Ça s’est passé comment?

K : Je suis rentré dans un studio sombre, où tu voyais pas à deux mètres devant toi. Un mec était assis avec 50 paquets de cigarettes devant lui, en train de composer. Je suis resté assis derrière pendant toute la soirée, comme ça, à attendre. Pas un mot. Le silence complet. À la fin il me dit : « j’aime bien ce que tu fais, je vais te montrer un clip de toi que j’aime bien ». Et il m’a montré « Ce que tu veux », un street clip que j’avais fait à l’ancienne. Il me fait « si un jour j’ai une structure, je te signe ». J’étais dans ce studio par rapport au morceau « Criminelle League ». Medi Med nous a présentés, c’est comme ça que je me suis retrouvé là-bas.

À quel moment tu t’es dit « je veux rouler dans la musique avec Therapy»?

K : Ce jour là, il m’a juste donné une instru et je suis parti avec. On s’est revus plus tard dans un showcase. Il est passé à côté de moi, et il m’a dit: « tu es le meilleur rappeur pour moi ». Et il est parti. Je n’ai même pas eu le temps de lui répondre sur le coup. Sans qu’on se le dise vraiment, il y avait une volonté des deux côtés.

Tu as dit que s’il faisait du rap, il poserait exactement comme toi. Vous avez vraiment les mêmes goûts?

K : Pire que ça. Des fois, il y a des coïncidences qui sont étranges. Il arrive en studio: « j’ai un son à te faire écouter, un truc cainri qui vient de sortir. Lourd »! Moi je lui dis que j’ai un son à lui faire écouter aussi. Et c’est le même son! Tu vois ce que je veux dire? Il y a un truc. On est sur la même longueur d’ondes. Au moment où je suis en train de parler avec toi, je discute avec lui par SMS.

C’est une question que l’on pose peu aux rappeurs, mais qui est ton ingé-son?

K : C’est Mooch, des productions Frenesik. Il bosse avec Rim-K depuis longtemps, il a produit les premiers sons du 113. Il est cool, c’est un mec qui est dans la musique depuis une trentaine d’années. Il connait son business. Il m’a fait les deux albums, un gros big up à lui!

Je voulais revenir avec toi sur le Kaaris « auditeur ». Qu’est ce que tu écoutais quand tu étais plus jeune?

K : La même chose que tout le monde je pense. Rap français, NTM évidemment. Côté américain, il n’y avait pas internet, donc on ne pouvait pas chercher dans le vivier pour savoir qui faisait vivre la scène rap. On écoutait ce que la télévision nous amenait. C’était Nas, Illmatic. Et puis Blueprint de Jay-Z bien sûr. Un des plus grands classiques de tous les temps.

Quel a été ton premier coup de cœur avec la scène du sud?

K : « Hustlin’ » de Rick Ross. Ce n’était pas la première claque, mais c’est celle qui m’a le plus marqué. Aujourd’hui, c’est encore le patron. Pour moi en tout cas. Je cite souvent le morceau de Gucci Mane aussi, « Mouth Full of Golds ». La trap, j’ai découvert comme tout le monde via internet. Un truc se passait, il y avait une effervescence vers Chicago à ce moment là. Et j’allais oublier Juicy J. Un sacré patron aussi. Il faut se tenir à la page. Je dis que j’ai découvert comme tout le monde, mais c’est vrai que j’ai commencé à en écouter quand ce n’était pas du tout la mode ici. Je m’en souviens. Je tournais en bagnole, et personne ne comprenait. « C’est quoi ton truc? C’est chelou! ». Les gens ne captaient pas le délire. J’écoutais des mixtapes avec Fantom, un des compositeurs de Therapy Music. On se mettait en boucle toutes les sorties des jeunes qui faisaient du sale. Les gens qui montaient en voiture avec nous, vraiment je te jure… c’était l’incompréhension totale! Le flow qui changeait du tout au tout… Ça a été un tournant. J’ai été choqué par Chicago, Atlanta… Je ne saurais pas vraiment dire pourquoi. Mais ce n’est que de la musique. Je n’ai pas vocation à aller aux Etats-Unis.

kaaris

Il y a 5 featurings dans Le Bruit de mon âme. On a été plutôt surpris du morceau avec Lacrim, un des titres phares du disque. Comment avez-vous bossé le morceau?

K : Lacrim c’est une bombe atomique! (Rires) Il est venu torse nu au studio, avec deux bouteilles de Jack à la main! Mort de rire, il est très très lourd ce mec. C’est simple, je devais déjà faire un morceau avec lui à l’époque d’Or Noir. Pour des histoires d’emploi du temps ça n’avait pas pu se faire. J’avais déjà posé mes couplets pour « El Chapo » et il n’en restait plus qu’un à mettre. Il a tapé le sien en une nuit au studio, et on est restés à se marrer jusqu’à 7 heures du matin. On a fait le clip quelques jours plus tard. Il va arriver très fort.

Au début, le premier extrait « Se-Vrak » était présenté comme un simple remix, un titre en téléchargement libre censé faire l’actu après Or Noir part.2. Il apparait finalement sur l’album. Tu as été surpris du succès du morceau?

K : Franchement oui. À la base, c’était un freestyle qu’on avait balancé comme ça. Ce qu’il s’est passé est assez dingue. Des gens ont kiffé, d’autres l’ont pris pour eux, certain ont fait des parodies dessus… Je crois que ça a été un des morceaux les plus parodiés l’année dernière! S’il y a autant de bruit autour d’un seul titre, c’est qu’il y a un truc. Mais bon, te dire que je ne m’y attendais pas… Je ne m’attends jamais à rien de toute façon. J’espère le meilleur et j’envisage le pire. Toujours. Je ne sais pas ce qui a fait que ce titre a explosé. Les affiches qu’il y a derrière peut-être. On m’en a beaucoup parlé. Mais est-ce qu’on a vraiment besoin de l’expliquer? Ce sont des choses simples. Le destin. Il y a eu un bon feeling, voilà. « Se-vrak » apparaît en second c’est vrai, mais ça ne veut pas dire que c’est le hit de l’album. « Le Bruit de mon âme » tourne plus. « Crystal » avec Future c’est un banger aussi. On va bientôt clipper « Zone de Transit »… Il y a beaucoup de bons titres.

Pour en revenir aux clips, celui de Julien Leclercq (« Comme Gucci Mane ») est très cinématographique. Il tranche par rapport aux autres. Tu penses en refaire dans cette veine?

K : Les gens qui font des clips et ceux qui font du cinéma ont une approche vraiment différente, ça c’est clair. Si quelqu’un me propose un bon concept, pourquoi pas? En tout cas, dans l’immédiat ce n’est pas prévu. Le prochain qui arrive est filmé par DekDek, mais monté par Nicolas Noel. Dans celui d’après, on devrait retrouver Greg & Lio, qui avaient clippé « Or Noir ». Ils sont très forts.

Quand on écoute l’instru de « Talsadoum » ou même d’autres freestyles, on se demande pourquoi ces morceaux ne figurent pas sur l’album…

K : J’ai ce truc qui fait que mes freestyles prennent une ampleur à laquelle je ne m’attends jamais. Ils sont sous cette forme là, car selon moi, ils ne méritent pas d’apparaitre en tant que morceaux. Bizarrement, ça prend. C’est peut-être l’énergie que je mets en live, je ne sais pas. En tout cas, je pense qu’en promo, il faut donner du live aux gens, avec un minimum de nouveauté. J’essaie de charbonner en sortant des phases inédites. C’est important. J’avais prévu de les kicker en radio, et c’est ce que j’ai fait.


Penses-tu les sortir un jour sous la forme d’un hors-série?

K : Je pense tous les sortir un jour. J’y pense vraiment. En physique, en vidéo… je ne sais pas encore.

Tu as déjà joué quelques extraits du nouvel album sur scène. Quels sont les morceaux qui fonctionnent le mieux selon toi?

K : « Crystal », « Tripoli », « Kadirov »… Mais un spectacle, c’est quelque chose qui change tout le temps. Ça se rode. On va amener ça bien.

Quel est celui où tu t’amuses le plus sur scène?

K : « Crystal » je crois. Je me suis tapé des barres dessus au Trabendo. Je dansais… le refrain m’a mis bien… Tout le monde était enjaillé. Je laisse le couplet de Future aussi. Tu ne l’entendras pas en showcase mais en concert il le faut, c’est clair. Pour apprécier.

Ta punchline préférée dans Le Bruit de mon âme?

K : « J’viens stopper ta merde comme de l’Imodium ».

On arrive à la fin de l’interview. On te parle souvent de Gradur, mais que penses-tu de Jul?

K : Jul c’est le son de Marseille, voilà! Il enjaille tout le monde dans les chichas, il met bien les gens. Il a plein de qualités, il bosse bien les mélodies. Il parvient toujours à amener des sons qui marchent. Il fait son truc en indé, dans son coin, et ça explose. C’est très bien.

Tu penses déjà au troisième album?

K : Ouais, je suis dessus! C’est en réflexion.

Propos recueillis par Paul Muselet