La cornemuse de « Aniki mon frère », le piano de « John Lennon », les violons de « Gomorra »… ce sont eux. Beatmakers toulousains de l’ombre, Guilty et Dj Ritmin ont vécu de l’intérieur l’explosion du phénomène SCH. En attendant A7 dans quelques jours (le 13 novembre), voici la première interview du Katrina Squad, responsable de la moitié des productions de la mixtape.

L’occasion d’en savoir un peu plus sur « Gotze n°19 ». Son écriture, ses influences, l’évolution de son personnage… et son avenir.

Comment s’est formé l’équipe Katrina Squad ?

Guilty : Ça faisait déjà longtemps qu’on bossait sur des projets communs, mais sous nos propres noms : Guilty, Dj Ritmin, Farid… Au moment où on sort le morceau « Titvs » de SCH, on se dit qu’il est temps pour nous de faire un bail.

Vous aviez déjà une prod sur Sheguey Vara de Gradur il me semble…

G : Ça s’est fait via JM Brolik. Son cousin venait de mourir. Or il s’avère que c’était un proche de Gradur. Ils ont fait un morceau pour lui rendre hommage et le titre est apparu sur la tape.

L’association avec SCH vous a-t-elle permis de franchir un palier ?

G : Clairement. On a fait des choses par le passé, mais musicalement parlant… C’est nous qui sommes allés chercher SCH. C’est aussi comme ça qu’on te remarque. Aller placer des prods quelque part, c’est facile. Mais évoluer aux côtés d’un rappeur, avec sa propre identité et son odeur du début à la fin, c’est autre chose. On l’a vu avec Therapy et Kaaris, avec Kore et Lacrim… C’est comme ça aujourd’hui. Avec sa qualité, SCH nous a donné de la force.

Comment l’as-tu découvert ?

G : Je l’ai découvert quand il s’appelait encore Schneider. Je suivais quelqu’un de l’équipe Braabus à l’époque. Quand j’ai entendu ce qu’il faisait… j’ai compris. Je voulais en être, participer à son univers musical. J’ai travaillé avec beaucoup de personnes, mais je n’étais jamais arrivé à entrer aussi facilement dans un univers. Ça me parlait. Ce qui m’impressionne c’est sa transformation, quand il passe de l’être humain au rappeur. Quand il est en mode rappeur, ça ne blague plus. Il n’est pas là pour rigoler. Je lui ai dit: « tu vas venir avec ton talent, et tu vas leur faire mal ». Il a un charisme à l’écran aussi. Aujourd’hui c’est important.

Son écriture a marqué beaucoup de monde. A-t-il des méthodes particulières ?  

G : Il sait travailler un morceau. Beaucoup viennent en studio pour écrire, en se disant que ça va venir sur le moment. Lui, ce n’est pas son délire. Il bosse d’abord chez lui pour se poser les bonnes questions. Il prend le temps d’élaborer son univers. Je pense que c’est là où il excelle. Dans le réfléchi. Ses morceaux sont des egotrips, mais si tu regardes bien le contenu… c’est vraiment loin d’être n’importe quoi. Personne ne fait comme lui. La méthode je ne sais pas. C’est lui qui est particulier, tout simplement.

SCH a étoffé son univers et son personnage en très peu de temps. Tu as été témoin de cette évolution ?

G : Ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’il a à peine 22 ans. Après, il a commencé jeune, c’est vrai. Et l’air de rien, sous « Schneider », il était déjà très sérieux au niveau des textes. À 20 ans, il a clairement compris où il voulait aller. Au niveau artistique, il va loin. Les autres rappeurs pensent aussi au placement par rapport au beat. Mais pas comme lui. Ils ne trouvent pas la solution comme lui. Notre alliance a été gagnante, car on se comprend naturellement. Pareil pour Dj Ritmin. C’est une question de couleur, je ne parle même pas de qualité.

Dans ses premiers morceaux, il utilisait très peu d’autotune. Au niveau du flow, il nous faisait beaucoup penser à Furax.  

G : J’ai pensé exactement la même chose. J’ai dit à SCH qu’il était le Furax des nouveaux temps. Ça lui a fait plaisir, car en tant qu’auditeur il adore ! Furax, c’est un mec qui m’a marqué. Sans me l’avouer, je pense que je cherchais un jeune avec la même prestance, mais qui pourrait amener un grain de folie en plus. SCH commençait à peine à utiliser l’autotune quand je suis arrivé. La toute première fois, c’était sur « La Malette ». Mais ce n’est qu’un de ses aspects. Il aime le rap brut, tu peux clairement l’entendre sur « John Lennon ».

Tu sais ce qu’il écoute ?

G : Ses influences vont bien au-delà du rap. Il écoute beaucoup de chanson française. Il est très ouvert musicalement, c’est ce qui fait sa force. Ça serait un bon détecteur de talent, car il sait voir les choses. Ça a été le premier à me faire découvrir PNL à l’époque où personne ne les connaissait ! Il m’a fait écouter Post Malone aussi… Il s’intéresse vraiment à la musique.

Quand vous composez, vous pensez à vous adapter au flow du rappeur ?

G : Pas forcément. Parmi les instrus de SCH, certaines ont été composées juste pour lui, mais d’autres étaient déjà prêtes. On attendait juste de trouver la bonne personne. C’est exactement ce qui s’est passé avec « Gomorra ». Dj Ritmin l’a faite il y a deux ans et demi. Quand je l’ai entendue, je l’ai mise directement de côté, en me disant qu’il fallait la laisser à quelqu’un qui vaille vraiment le coup.

Contrairement à ce que beaucoup pensent, la prod de « Gomorra » ne comporte pas de partie samplée. Vous confirmez ?

G : Le seul sample, c’est la petite voix qui revient dans la boucle. Toutes les mélodies ont été composées par Dj Ritmin. C’est lui qui a créé la sonorité du violon.

Dj Ritmin : On essaye de faire sonner les instruments de manière naturelle. C’est pour ça qu’il est important de jouer les sons soi-même. Je n’utilise pas les mêmes VST que tout le monde. Ce que tu entends sur « Gomorra », c’est une combinaison de plusieurs violons aigus, de violons synthétiques, de violoncelles… Ça donne un effet orchestral, tu as l’impression qu’ils jouent tous en même temps. Les musiques de film font partie de mes influences. Des compositeurs comme Danny Elfman par exemple. Musiques folkloriques aussi. Musiques du monde…

Et cette fameuse cornemuse sur « Aniki mon frère » ?

Dj R : Pareil, on a voulu semer la zizanie dans l’esprit des gens ! Ce n’est pas un sample. J’ai toujours kiffé les instruments folkloriques, les trucs ethniques, les sonorités des pays de l’est… tout ce qui n’est pas mainstream. Des instruments qui ont une âme. Fusionner des trucs aussi typés avec de la trap c’est intéressant. Avant, j’étais plutôt dans le hip-hop dirty. Pas sur des BPM aussi lents.

G : La trap, c’est plus mon truc. À deux, on réunit nos idées. Je pense que Ritmin amène une couleur plus « rap français » avec des mélodies plus poussées. Quand tu écoutes un son comme « Gommora », tu ne peux pas vraiment dire que c’est de la trap.

Parlons d’A7. Quel rôle avez-vous eu sur le projet ?

G : On produit la moitié de la tape, des morceaux 1 à 8. Le reste appartient à DJ Kore. On n’a pas collaboré sur le tracklisting. Les seuls avec qui j’ai travaillé, ce sont SCH et Braabus.

En ce moment, vous vous lancez dans la production d’artiste avec le rappeur bordelais Fello. Katrina Squad est-il en train de devenir un label ?

G : Un label non. Pas au niveau des papiers en tout cas. Mais Fello, oui, on le produit complètement. Je l’avais vu plusieurs fois sur scène. Ça fait longtemps qu’on me dit qu’il est le meilleur espoir bordelais. On fait les choses ensemble maintenant. On a balancé le clip de « Sans le dire » il y a quelques jours. Ça a été bien réceptionné pour un premier extrait. On clippe le second demain. On verra ce que nous réserve la suite… Merci à toi pour l’interview !

Propos recueillis par Paul Muselet