Beatmaker parisien hyperactif et fortement drogué au digging, voici le peu d’informations que nous avions sur Keor Meteor. À force d’aligner ses morceaux dans nos playlists, nous avons voulu savoir qui se cachait derrière le blaze, à l’heure où Enter to Exit (son 13e Ep en l’espace d’un an et demi) sort cette semaine.

Qui se cache derrière Keor Meteor ?

J’ai 28 ans. Je viens de Paris. Keor, c’est mon pseudo depuis ma période graffiti, avant même d’avoir commencé la musique. Au début vers 2005, je faisais des instrus pour les rappeurs de mon quartier sous le nom de Dj Keor. Des beats tous simples et bien sales : influences Primo, Alchemist… ambiance New-York ! Du coup en rap français j’aimais beaucoup Ärsenik et toute cette vague là.

Keor Meteor c’est arrivé en 2001. J’avais sorti quelques compilations, et l’état d’esprit « rap français » commençait à me saouler… Sur Paname c’est assez particulier : c’est un petit milieu où tout le monde se connait. Ce n’est pas le talent qui prime ! Il faut connaitre untel… Je me suis dit qu’il fallait que je me lance dans autre chose. J’ai arrêté de produire pour les autres pour bosser en mon nom. Je voulais faire des choses moins structurées tout en cherchant des sonorités simples et dépouillées.

Quel style  as-tu cherché à développer en arrêtant de produire pour les rappeurs ?

Avant j’étais plus sur la quantité que la qualité. Je prenais un sample, je le découpais, et j’ajoutais des batteries sans chercher plus loin. Aujourd’hui, avant de me lancer dans un Ep, je me fixe sur un sujet. Après, je fouille pour trouver des couleurs sonores proches du thème. Ensuite, je les habille avec des voix. Je peux aussi ajouter des acapella de rappeurs cainri.
J’ai vraiment kiffé tout ce qu’avait fait Dj Cam au milieu des années 90. Les beats étaient hip-hop, mais la musique était très instrumentale. C’est un peu ma démarche. Faire du hip-hop abstrait. J’ai beaucoup écouté Ninja Tunes! Ce que j’aime, c’est intégrer des choses qui n’ont rien à voir avec le hip-hop. Ça influence ma création.

Est-ce l’Ep Bridge qui a défini le son Keor Meteor ?

Avec le recul je pense que oui. Ça marque un tournant. Quand tu l’écoutes, tu vois tout de suite les influences Jay-Dee. Mais pour être honnête… je n’aime plus cet Ep (Rires) !  En fait je pense plutôt à Losing Vocabulary.  C’est là que j’ai vraiment trouvé mon style je pense. C’est aussi celui qui m’a un peu plus fait connaitre.

…avec des instrus beaucoup plus boom-bap. C’était voulu ?

En fait, c’est simple. Je produis mes beats avec un équipement relativement restreint. Pour compenser, j’écoute énormément de musique. Le travail de recherche, c’est 40% du boulot ! Si tu veux trouver les samples de qualité, il faut passer un peu de temps à les chercher. Généralement, je tape dans le jazz, la soul et les musiques de film. Car j’ai du mal à sampler autre chose ! Et encore, je dois me restreindre. Je me suis rendu compte que j’avais du mal à faire un Ep cohérent quand je mélangeais trop d’influences en même temps. Du coup, je me concentre sur une ligne directrice bien précise. Pour Losing Vocabulary je me suis basé sur un gros bac de vinyle ! Que de la soul !

On a bien kiffé le projet collectif Frozen Enemies (avec CPrim3 de Toronto et Phorsus de Pittsburgh, NDLR)… Comment cet Ep a-t-il vu le jour ?

J’avais déjà bossé avec CPrim3 sur un autre album, et je kiffais bien les prods de Phorsus. CPrim3 voulait qu’on fasse un Ep tous les trois, dans une ambiance un peu glauque autour de la mafia, les films de gangster… J’étais moyen chaud, et au final je suis à moitié satisfait. Ce n’est pas toujours très bien fait au niveau des samples. On a fait ça assez vite, par internet. Chacun a fait les sons de son côté. En fait je suis surpris que tu kiffes, car c’est un album qui n’a pas très bien marché (Rires). Enfin, le délire de promo c’est un autre débat… En tout cas je suis content que tu m’en parles !

Et cette année, tu sors Widespread Irregularity avec le MC Cor Stidak. Tes collaborations avec les rappeurs ne sont donc pas terminées…

C’est vrai… j’ai eu tellement de mails ! Ce qu’il faut voir, c’est la puissance de la communauté Soundcloud. Depuis que je me suis mis là-dessus ça n’arrête pas. J’aime bien, car ça permet d’avoir une bonne vision de ce qui se fait en ce moment.  J’ai découvert plein de choses, dont Cor Stidak. On bosse ensemble depuis deux ans. Comme ça marchait bien, on s’est dit qu’on allait faire un petit Ep. On l’a sorti sur le label Pragmatic Theory qui nous a fait une belle promo. Ça fait plaisir de sortir un projet qui soit visible et téléchargé. C’est mieux que de rester tout seul dans son Bandcamp (Rires).

Cor Stidak c’est un bon rappeur. Il est dans le cosmos ! Il fait partie des MCs intelligents qui réfléchissent beaucoup. Son style me fait penser à Company Flow. Pour l’Ep, chacun a fait à sa sauce, sans ligne directrice. On se réserve pour le prochain !

Et les autres Mc’s (Rasun the Sol Bruddha…) ?

Ce sont des rappeurs qui gravitent autour de lui en Virginie. Il y a aussi des gens de Chicago.

En 2012 tu as sorti 9 projets. Selon toi, quel est le plus abouti ?

J’ai bien aimé The City ! J’y ai pris beaucoup de plaisir. Je me suis bien fait chier à le faire aussi (Rires) ! Il a eu un bon accueil, c’est cool. Sabotage aussi.   Il y a deux ans je partais dans tous les sens. Là j’ai été plus consistant.

Quand tu as commencé il y a 8 ans, les beatmakers avaient quand même moins la cote. Que penses-tu de l’effet de mode du moment ?

De plus en plus de gens s’y mettent. Le coté communautaire est mortel. Comme je te disais : on se retrouve via Soundcloud, on peut se voir en vrai pour composer, faire des jam sessions en live… On se fait plaisir ! Ça rend la production plus accessible, mais… tout n’est pas bon. Je pense qu’il faut faire la différence entre ceux qui produisent uniquement pour des artistes, et les autres. Après, certains font très bien les deux, comme Al’Tarba. D’ailleurs je trouve que les gens qui produisent des morceaux boom-bap à la new-yorkaise ont plus de facilité à passer à la compo pure. C’était quoi ta question déjà (Rires) ?

Je sais plus…(Rires) Tu écoutes quoi en ce moment ?

J’aime bien ce que fait Brock Berrigan ! Et puis… je prends toujours des claques quand un Primo sort. Récemment j’ai écouté un très bon Papoose produit par Premier (« Turn It Up », NDLR). J’aime toujours autant Madlib aussi.

Tu connais des toulousains ?

Je connais le taf de Metronom des Kids of Crackling. Et Al’Tarba bien sûr. Je suis ce qu’il fait depuis longtemps. Quand j’ai écouté son premier album Blood Out Connections j’ai halluciné. Mais bon, j’ai toujours du mal à savoir qui vient de Toulouse ou pas. Au final, j’avais beau avoir 16 ans à l’époque, quand on me parle de cette ville je pense toujours à KDD (Rires).

 

 

Propos recueillis par Paul Muselet