En ces temps de vache maigre, la sortie de La Fin de l’Espèce s’apparente à un gâteau qu’on se languit de goûter. Hors des codes du rap français, à l’écart des modes, et fort d’une bonne dose de subversion, c’est avec curiosité et intérêt que l’on découvre le nouvel album-concept du Klub des Loosers.

Fuzati a toujours joué du contraste entre la naïveté du flow et la violence du propos. Mais depuis Vivre la vie, le timbre de voix a prit du corps. L’adolescent a grandi et ne va toujours pas mieux. Ces quelques mesures du morceau « Vieille branche » résument à elles seules l’esprit du disque et nous mettent directement dans l’ambiance :

« Qu’es tu devenue toi qui nous faisais tous bander dans l’amphi ? Avais-tu bien reçu mes fleurs ? Tu ne m’as jamais dit merci. Tu dois maintenant être maman et j’imagine tes vergetures, ton joli corps devenu plus flasque même si ton mari te rassure […] cette chose affreuse dans la poussette c’est tous les spasmes qui nous séparent »

Qu’on se le dise, Le Klub des Loosers cuvée 2012 ne fait pas dans le détail : l’ironie s’efface, et le sarcasme se durcit. Après 7 ans d’absence, Fuzati nous crache à nouveau son amertume à la figure.

Second volet de la trilogie annoncée par le groupe,  La Fin de l’Espèce monte d’un cran dans l’aigreur et l’associabilité. Ce disque noir raconte l’histoire d’un trentenaire usé par  la connerie humaine, les faux semblants et les illusions sentimentales. La Fin de l’Espèce est un manifeste anti-mièvrerie : l’amour n’existe définitivement pas, et l’homme masqué refusera de procréer. De toute façon, Fuzati « ne connait pas de belles histoires », et préfère « jouir sur les visages » pour « sauver l’humanité » (« La Chute »).

Mais le point fort du disque réside indéniablement dans la qualité des productions de Fuzati. Le versaillais reste un inconditionnel des instrus « à l’ancienne » et confirme son attachement aux sons vintages, où jazz, soul et rock se soumettent à la ligne d’une batterie définitivement hip-hop.  Notons que les samples vocaux sont très présents et plutôt habilement -autant qu’inhabituellement- utilisés en vue de constituer des boucles à part entière (« Encore Merci »). Malgré quelques morceaux moins réussis et plutôt lassants (« Jeu de massacre » ou « Carte Postale »), on retiendra d’abord les perles comme « L’Indien », uppercut imparable et premier avant-goût de l’album avant sa sortie.

Les tracks se suivent et se ressemblent dans ce que le duo sait faire de mieux : le récit d’une fable cruelle et méchante alliée à une boucle simple et efficace.  Dj Detect excelle dans son rôle discret de scratcheur, à l’image de ses interventions dans « Volutes » et « Destin d’Hymen ».

On se demande finalement si le morceau le plus réussi de l’album n’est pas le minimal « La Fin de l’Espèce ». Dénué de beat et simplement vêtu d’un piano triste accompagnant la voix affectée de Fuzati, les lyrics y sont plus implacables que jamais. L’homme masqué nous prouve une fois de plus que son but n’est pas de nous faire danser, et que le premier degré tend à prendre le pas sur l’humour noir.

Toujours aussi peu sympathique, le Klub des Loosers a une fois de plus répondu à nos attentes : La Fin de l’Espèce est un album bien construit, cohérent et peaufiné dans le détail.

La saison 2 de la série est donc dans les bacs. L’adolescence a laissé place à l’âge adulte, et on se demande à quelle sauce de désespoir nous mangera le Klub lors du troisième volet… Et si le bonheur se trouvait à la fin de la vie ?

On verra dans 7 ans. Jusque là, écoutons le disque pour le bien de nos oreilles… à défaut de garder le moral.

 

Paul Muselet