Faisons connaissance par binôme interposé : Shogun, peux-tu nous présenter Metronom ?

Dj Shogun : Metronom, 38 ans (Rires) ! Beatmaker sur machine  MPC-1000, grande culture musicale, spécialiste du sample et membre du crew Kids Of Crackling (avec Fef, Mani Deiz, Nizi, Cristo et Rakma, NDLR). Ils bossent avec beaucoup de rappeurs en France. Ils ont sorti la tape Lucky Slices avec 12 beats en téléchargement gratuit (ICI). Qu’est-ce que je pourrais dire d’autre ?

Metronom : C’est déjà pas mal !  On travaille sur des projets « Kids Of Crackling », mais chacun bosse avec ses artistes. Je collabore avec des toulousains et parfois des américains quand ils viennent ici. Le plus important, c’est le rapport humain, pour voir si le feeling passe. J’aime bien faire des morceaux avec des gens que j’apprécie !

Peux-tu nous présenter Shogun ?

Metronom : Shogun, 41 ans (Rires) ! Membre de 008 prod, aux côtés de Salim, Slice et Kriminal Cut ! C’est un crew perfectionniste où chaque Dj apporte un style musical différent. Ça va du hip-hop au dubstep, en passant par le rap des années 90. Je dis perfectionniste, car ce n’est pas du mix pur : il y a beaucoup de boulot au niveau du scratch, ça se rapproche plus de l’art du dee-jaying. Il y a un sacré respect de la vieille école. C’est ce que je kiffe !

Dj Shogun : Et un rapport particulier à l’Angleterre. J’ai eu la chance de passer un mois à Londres étant plus jeune. Le coup de foudre ! Il suffit d’y aller une fois pour comprendre. Le son, les soirées… Ils ont toujours été précurseurs. On aime l’électro « à l’anglaise », celle qui tape ! Slice a passé un an à Brighton, et on a pas mal d’amis Dj sur place. A défaut de ne jamais être allé aux Etats-Unis, j’essaie de compenser !

Comment le duo Metronom – Shogun a-t-il pris naissance ?

Metronom : On est tous les deux amoureux du vinyle, et on a les mêmes goûts en hip-hop. C’est tout de suite plus facile ! Tout est parti de la MPC. Shogun avait une 2000, et on s’est dit que ça pouvait être pas mal de faire de la musique ensemble. On aime les sons à l’ancienne, de notre époque fétiche au milieu des années 90, quand ça sonnait gras !

Dj Shogun : Le son qu’on écoutait quand on avait 15/16 ans, tout simplement. En seconde j’avais ma veste Wu-Tang, le jean baggy et les grosses Fila ! J’aime tout autant l’électro, le dubstep et les sons « club », mais on ne se refait pas !

Comment avez-vous rencontré GQ pour son freestyle sur le morceau « Archive #2 » ? (beat de Metronom et scratches de Shogun, NDLR)

Metronom : Il était de passage à Toulouse pour un concert avec son cousin (King Magnetic, NDLR). On a passé l’après-midi ensemble et le contact est bien passé. Peu de temps après, il a reçu une première version du morceau. Il a kiffé une autre prod qu’on lui a envoyée par la suite. On s’est dit qu’on allait partir dans un autre délire, avec un couplet réservé au Mc suivi d’un autre pour le Dj.

Dj Shogun : On lui a bien précisé à l’avance. Du coup à la fin de son seize, il m’ouvre la voie pour que je puisse faire les scratches. Royal !

Metronom : C’est assez rare : tu as plus de 8 mesures en scratches après la partie de GQ. En fait le morceau s’appelle « freestyle » car il n’y a qu’un couplet du MC, sans refrain.

Dj Shogun : Idem de mon côté : c’est loin d’être du freestyle ! Je l’ai fait en drop, après avoir étudié les cuts. C’est du montage, rien à voir avec du live. Mais ça s’est fait assez vite au final.

Et vous avez tous les deux produit le « Archive #1 » (Remix Samuraï de Spicco)…

Metronom : C’est toujours très spontané. On commence par aller chercher des vinyles et on les épluche ensemble.

Dj Shogun : On fait ça souvent, et pas toujours dans le but d’enregistrer. Du coup, il n’y a pas vraiment de « méthode » de compo. Tout dépend de ce qu’on a envie de faire. Quand on tombe sur un sample qui tue, on le rentre dans la machine et on voit ce qu’on peut en faire. On peut aussi partir des beats.

Metronom : Là c’était un remix, donc on avait déjà la ligne de voix. Ce n’est pas facile pour autant. Les gens disent qu’il n’y a pas de tons dans le rap, mais c’est faux. Tu dois suivre une certaine logique dans les harmonies, sinon ça ne colle pas. On a l’habitude de piocher dans la musique des années 60, 70 et 80. Des vieux trucs ! Des morceaux psychédéliques, du rock symphonique… Il y a pas mal d’extraits de violon ou de piano qui ne sont pas forcément sur des tons classiques, pour que ça reste quand même un peu actuel.

Dj Shogun : Ça peut venir de partout ! Rock polonais, flûtes roumaines…

Spicco vous avait demandé un remix particulier ?

Metronom : Il nous a envoyé plusieurs lignes d’a cappella, et c’est nous qui avons choisi « Samouraï ». Le morceau original tue, mais dans l’esprit il ne correspond pas tellement au titre. On a essayé d’amener une ambiance épique, un truc de guerrier ! Au final, en cherchant, on a fini par trouver quelque chose de sec. C’était un bon délire.

Il y a quelques années, les auditeurs de rap semblaient beaucoup moins se soucier des producteurs et se focalisaient davantage sur les rappeurs. A votre avis, d’où vient ce regain d’intérêt pour le beatmaking en France ?

Dj Shogun : Il y a eu les « stars », qui ont fait connaitre la pratique au grand public ! Dr. Dre, Dj Premier…

Metronom: On a juste des années de retard sur les States ! Mais c’est vrai, les gens sont de plus en plus attentifs au beats. Sur Youtube il y a des vidéos de Boon Doc, un producteur de Denver qui fait carrément des tutoriels pour expliquer comment faire un beat à la MPC. Il me semble que 20Syl l’avait fait aussi.

Sans parler des concerts de beatmakers…

Metronom : À Toulouse, on a eu les soirées Drop The Beat, mais ça fait déjà pas mal de temps que ça existe. Aux Etats-Unis, il y en a toujours eu. Depuis ma première MPC, je trouve ça important d’en faire. Aujourd’hui, tu peux jouer avec un PC, mais ça n’a rien à voir au niveau du son.

Dj Shogun : Le grain des machines !

Metronom : Dans nos live, on a surtout voulu faire référence aux beatmaking, en alternant entre breaks lents et sons un peu plus rapides. Il n’y avait pas la volonté de faire bouger le public à tout prix. En tout cas, ça fait plaisir que les gens s’intéressent à cet univers.

Votre producteur préféré ?

Dj Shogun : Rza pour moi !

Metronom : Il y a Premier aussi… et J Dilla ! Un magicien de la MPC. Il y a plusieurs écoles, mais on apprécie le son East Coast. C’est vrai que Rza c’est mortel. Tout cet univers dark…

En parlant d’univers dark, c’est un peu la réputation du rap toulousain. Etes-vous d’accord ?

Dj Shogun : Il y a une bonne scène dark, c’est vrai : Furax, Omerta… les Sarrazins aussi.

Metronom : Et encore, ça dépend des morceaux. Omerta par exemple, font parfois des morceaux « positifs ».

Un mot des projets à venir ?

Dj Shogun : On va continuer les Archives jusqu’à ce qu’on en ait suffisamment pour faire une grosse tape ! On ne se fixe pas de dates, ça se fera petit à petit. On prend le temps de choisir les rappeurs et de retravailler certaines prods. On n’est pas pressés.

Metronom : Le but n’est pas d’engranger les morceaux, mais de rencontrer les bonnes personnes ! Sinon je mixe le projet de Fadah (Les Loges de la Folie). Il y aura aussi des cuts de Shogun dessus. Avec Kids Of Cracklings, on prépare une Lucky Slice 2, et Mani Deiz sort Too Much Memory le 21 décembre.

 

Propos recueillis par Paul Muselet.