Dans l’ombre de Kanka, le producteur français développe une vision très personnelle du dub, entre respect absolu des sonorités reggae-dub originelles et accointances vers le hip-hop, la techno, en passant par le dubstep. Même si Back to Roots  porte bien son nom, l’album reste à l’image de Miniman : marqué par la roots culture jamaïcaine, mais toujours ouvert d’esprit. Rencontre avec une figure du dub hexagonal.

Miniman-Photo-Live

Comment as-tu découvert le dub ?

J’ai découvert la musique en jouant du piano. J’ai mis 7 années avant de partir sur des projets dub. Tout a commencé quand j’ai connu le reggae jamaïcain. C’est ce qui m’a permit de développer mes compos. Après, je suis très influencé par les musiques électroniques. La techno principalement.

Tu es pianiste. Ce n’est pas le cas de tous les producteurs dub. Ta pratique a-t-elle un impact sur ta façon de composer tes morceaux ?

Surement ! Plus on acquiert en harmonie, plus on peut trouver les suites d’accords pertinentes. Des sons qui me parlent en tout cas. Le piano, c’est un orchestre à lui tout seul. Tu as les notes et les percussions en même temps. Du coup, quand tu composes sur les machines, tu peux avoir une vision percussive et harmonique.

Ton dernier album Back To Roots sonne comme un hommage aux sonorités “à l’ancienne” (avec beaucoup de références à Lee Perry), alors que le précédent portait bon nombres d’influences électroniques. Pourquoi ce retour aux sources ?

A chaque fois que je compose, je dois m’isoler. Je me mets en condition. J’ai beau être acteur de ce que je fais, je ne suis pas forcément maître de ce qui va ressortir de tout ça. C’est important pour moi de faire un album de A à Z. Je n’ai pas intégré de morceau produit il y a deux ans. Là, c’est vrai que ça sonne très « roots », car je voulais absolument utiliser un autre instrument : le mélodica. Ça introduit forcément un retrait par rapport à la musique électronique. Je reviens un peu au son de mon premier album !

Comment as-tu rencontré Earl 16 ?

Nous nous sommes vus à Londres. Il était question de faire un 45 Tour avec lui. La prod (« Children of Judah ») est sortie en juin 2011. Ensuite, nous sommes devenus amis. C’est quelqu’un de simple avec qui j’aime travailler. Il dégage beaucoup d’énergie. On ne joue pas toujours ensemble, mais le duo reste intéressant pour certains plateaux comme celui-ci (Mad Professor, au Bikini NDLR).

Tu as aussi travaillé avec Ras Mac Bean. Avec quels autres toasters aimerais-tu collaborer ?

Soom-T ! Sinon j’ai invité Earl 16,  et Murray Man sur « Dub over Evil ». Back to Roots reste très instrumental. J’ai toujours aimé bosser avec des chanteurs, mais le boulot que je fais seul est très différent. Ce n’est pas meilleur ou moins bon, c’est juste autre chose. Je ne sais pas encore à quoi ressemblera le prochain album. On verra !

A quel artiste penses-tu spontanément en termes d’influences ?

Dans le reggae mes influences sont vraiment jamaïquaines (Gregory Isaac…). Elles peuvent aussi bien être anglaises, mais ça me parait important de puiser à la source ! Je ne parle pas que des albums anciens, le dernier Lee Perry est très bon par exemple ! Souvent, j’écoute certains artistes de la scène dubstep qui ont une accointance avec le dub. Ça me parle en termes de rythme. On peut l’entendre sur certains de mes morceaux, comme « Sunshiny Dub » ou « Step a Dub ». Pour prendre un exemple, les morceaux de Rusko restent très proches de l’école du dub anglais. Quand tu écoutes « Jahova » c’est criant. Des artistes comme Skrillex me touchent aussi ! Pour le coup, sa base rythmique est vraiment très intéressante.

D’autres esthétiques te parlent ?

J’écoute beaucoup de hip-hop. Si je devais  citer deux groupes, je dirais Cypress Hill et The Roots ! Je suis fan de Busta Rhymes aussi !

Comment vois-tu la scène dub en France ? Cherches-tu à te différencier ?

Pas vraiment. On a beau avoir les mêmes références, à partir du moment où tu puises au fond de toi-même, les mélodies qui te sont propres finissent par ressortir ! C’est un peu ma définition de la musique.

Des projets ?

Ça reste flou, même si je pourrais sortir un autre album avant la fin de l’année ! J’ai fais quelques live avec Earl 16 suite à Back to Roots, alors que je n’avais pas vraiment prévu de tournée. Ce sera différent pour le prochain. Faire de la musique c’est une chose, mais pour faire parler du projet, rien de tel que la scène !

Pour finir : le morceau du moment que tu pourrais écouter dix fois à la suite ?

Ce n’est pas un morceau dub : c’est le remix de Rusko, « Can’t Keep Me Down », avec Cypress Hill et Damian Marley. C’est vraiment très réussi… Je pense aussi à un morceau de Weeding Dub, mais il n’est pas encore sorti (Rires). Et comme toujours, j’écoute en boucle les mixtapes de Chinese Assassin…

Un dernier mot ?

One love!

 

Propos recueillis par Paul Muselet