Hyperactif, fêtard et passionné. Professionnel aussi. Ajoutez à cela une petite pointe de folie et vous aurez une (petite) idée du monde dans lequel évolue Mr. Magnetix. Au sein des Productions du Possible, le Dj toulousain multiplie les projets musicaux (Le Catcheur et la Pute, Mr Magnetix…) et les créations de soirées-spectacles (Travestis Monsters, Cabaret Freaks, Disco Freaks…).

Alors que l’ultime Cabaret Freaks se déroulera au Bikini ce samedi 13 octobre, rencontre avec un personnage clé des soirées électro-rock déjantées « à la toulousaine »…

Après Le Catcheur et la Pute, tu mixes en solo sous le nom de Mr Magnetix.
Comment as-tu découvert les musiques électroniques, pour plus tard devenir Dj ?

J’ai découvert les musiques électroniques dans les free-party. J’ai vécu pendant 3 ans à Londres. Là-bas j’ai eu la chance de découvrir tout ça « à la source ». La musique tribe surtout. Je devais avoir quinze ans à l’époque. Très vite, j’ai commencé à m’intéresser au son des années 90 : The Prodigy, les Chemical…toute cette fusion qui partait sur la trame électro, big beat, et qui allait quand même sur des délires rock. C’est sûr, Prodigy reste pour moi une référence.
Après j’ai beaucoup fait la fête, jusqu’à en faire mon travail. Mais ça fait seulement quatre ans que je joue ! Quand j’ai rencontré Pro7 à Toulouse on a monté Le Catcheur et la Pute, et là tout à commencé pour moi en tant que Dj.

Comment est né ce concept de soirées hybrides, entre spectacle déjanté et concert ?
Ce parti pris du déguisement, autant pour le public que les Djs sur
 scène ?

L’idée transdisciplinaire vient d’une multitude de rencontres. J’ai toujours considéré que la musique électronique devait être « habillée ». C’est quand même la base de la rave-party. Ce public était très funky : des gens déguisés, avec du spectacle, que ce soit en déambulation ou en performance.
Quand j’ai commencé à me professionnaliser là dedans et à faire des soirées, j’ai considéré qu’une soirée électro de six heures où il y a juste un mec sur son praticable derrière un ordi…ça ne m’intéressait pas en terme de programmation. Ni en termes de public d’ailleurs. Ce n’est pas du live pour moi. Le public est quand même demandeur d’un peu de rêve. Moi je suis rentré dans le transdisciplinaire pour jouer sur plein de choses et montrer tout ce qui peut entourer la musique électronique.

Et puis ça vient aussi de ce que j’ai pu faire avant. Je faisais des documentaires et j’ai pas mal bossé sur les squats artistiques. Je trouve que la confrontation des disciplines crée des choses très intéressantes, et une dimension supplémentaire à la musique.
Il n’y a pas que la musique qui permet aux gens de se rencontrer. Par exemple, dans les Travesti Monsters on avait mis des fringues à disposition pour rendre le public un peu acteur de la soirée.

Justement, pourquoi les soirées Travesti Monsters sont-elles devenues les Cabaret Freaks ?

Tout simplement parce que Travesti Monsters devait s’arrêter. Ça reste un concept éphémère. On a voulu se renouveler avant que ça redescende pour proposer autre chose. La différence se joue beaucoup sur la scénographie. Dans Cabaret Freaks tu ne trouveras pas de déguisements, de fringues… L’idée c’est le custom. Les gens viennent habillés comme ils veulent, c’est selon l’inspiration de chacun. Il y a des thèmes, des
codes couleur… Dans les Travesti Monsters, les performances étaient plus burlesques.

Là, c’est plus Freaks, on s’inspire du film de Tod Browning dans les années 30 (La Monstrueuse Parade). A l’époque ça avait effrayé le monde avec les premiers effets spéciaux ! Donc l’esprit est plus décalé, il y a moins d’effeuillage de minettes. L’univers a changé, c’est sûr.

Le trash c’est une condition nécessaire aux soirées que tu proposes ?

Non pas du tout. Bon, c’est vrai pour les Travestis Monsters… c’était un peu l’idée quand même. C’était un peu trashi et les déguisements favorisaient l’orgie. Cabaret Freaks aussi, mais c’est plus « imaginaire » que trash.

Au point de vue musical, y a t’il une différence d’univers entre les prestations du Catcheur, et celles de Mr Magnetix ?

Heu. Pas vraiment. Le Catcheur et la Pute c’est clairement « électro rock métal ». C’est un Dj set où on optimise au maximum les logiciels numériques. On peut mixer jusqu’à 70 morceaux en une heure. C’est très intense en termes de mix et ça se veut quand même très rock.

Mr Magnetix reste moins cloisonné. Je peux jouer électro groove si je le sens. Il faut que ça reste énervé, mais j’ai plus de flexibilité dans le sens où je suis tout seul. Je peux très bien me mettre en mode quasi sélecta, sans imposer du mix à outrance. Et il n’y a pas de travestissement. Car être sur scène en t-shirt avec une croix jaune, ou être habillé en travelo…ça fait quand même une différence.

En terme de son, sens-tu que d’autres Dee Jay s’inscrivent dans ta démarche ?

Des Djs autant marqués rock que nous…ça reste très rare. Je pense que Le Catcheur et la Pute a bien fonctionné pour ça. On est dans un délire électro métal assez particulier.
Ce n’est pas évident à écouter. Ce qu’on a vu, c’est que le public électro y adhère très difficilement. Par contre, ceux qui aiment le Métal écouterons direct. La fusion fonctionne assez bien, on peut retrouver les harmonies. Avec Pro7 on est à fond dans l’électro rock, c’est un peu notre religion. On est convaincu de la puissance de cette musique. Des voix pures et des instrus mêlées à une grosse production électro, ça reste intéressant et vivant. Il y a du relief. Et Pro 7 fait vraiment de bonnes prods.

J’ai vu ton set au Garorock, où tu t’inscrivais dans le « pur djing » dans le sens où tu étais dans la sélection et dans le mix, et finalement assez peu dans la production.

C’est clair ! Je m’inscris clairement là-dedans. Je n’ai pas l’intention d’être producteur, étant quasiment à temps plein sur l’organisation d’événements. Mon vrai taf, c’est d’organiser des soirées ! La compo, je laisse ça à Pro7.
Dans mes sets par contre, j’essaie de tout faire. Il y a une logique dans la progression, mais tu l’as bien vu, il y a plein de choses ; au début c’est parti en électro funk, des moments de purs rock après, puis du breakbeat, du dubstep… je n’ai pas de plan défini. La seule chose qui ne bougera jamais c’est le coté dancefloor, et l’esprit rock.

Tu parles beaucoup de la veine « électro rock », mais le terme reste très large. Par exemple, les marseillais de Nasser se revendiquent de ce style, mais musicalement restent très éloignés de ce que tu peux proposer avec Pro7…

C’est sûr. A la limite sur une intro ça pourrait passer. Moi j’aime bien Nasser mais je trouve ça assez linéaire. A un moment donné, tout ce qu’ils faisaient était à 130 bpm.
Moi si je joue une demi-heure à 130 bpm, je me fais chier. Faut que ça pète à un moment. Tant pour moi que pour le public.

Toi qui organises beaucoup d’évènements, que penses-tu de la scène toulousaine et de son activité en termes de soirées et de concerts ?

Toulouse bouge beaucoup. C’est une bonne terre d’électro. Depuis trois ans ça envoie pas mal. Il y a Reg@rts, et pas mal d’orga électro. Honnêtement, niveau électro ça bouge. Il y a un public assez énervé ici. On n’est pas une ville de techno minimale. Après il y a très peu de producteurs. Il y a Dilem, Pro7, TroubleGum… Et c’est tout. C’est un gros bastion électro, mais sans compositeurs.

Nous, si notre concept a fonctionné, c’est aussi parce que ce type de soirée n’existait pas vraiment ailleurs. Les Travesti Monsters se sont très bien exportées car d’une certaine manière on a été précurseurs sur cette trame là en France.

Peux-tu nous parler de ta structure Les Productions du Possible ?

Ça existe depuis 7 ans, et on fait de l’orga de soirée depuis 4 ans. Avant c’était du film documentaire. La structure porte bien son nom, car elle est en perpétuel mouvement.
Là on fait des soirées, mais l’année prochaine on peut décider de monter une pièce de théâtre ! Tout est possible ! Il n’y a pas de but. Je peux très bien vriller sur autre chose. Tout dépend des rencontres.

La dernière Cabaret Freaks en octobre ?

La dernière à Toulouse le 13 octobre. Après on va continuer à exporter le projet. Il y a aussi notre soirée Fin du Monde le 21 décembre 2012, et ce sera aussi au Bikini avec la sortie d’album de Punish Yourself !

Après, pas mal d’événements sont prévus : quelque chose qui va s’appeler Diverses Féminités, où on invite des voix féminines sur des esthétiques trip-hop. Peut-être aussi relancer un projet de fringues avec de la musique disco funk, pour un public un peu plus âgé.
Sinon, un projet de festival transdisciplinaire. Un festival en Martinique aussi !

 

Propos recueillis par Paul Muselet.