Il faut bien le reconnaître : en interviewant Mr. Troy, Quali District verse dans l’auto promo (notre concert du vendredi 10 mai à Toulouse). Un vrai scandale. Mais croyez-nous, cette petite discussion en intéressera plus d’un. En à peine deux ans, le mystérieux beatmaker parisien a déjà beaucoup fait parler de lui. Une dizaine d’Ep, avec des tracks ayant affolé chaines Youtube, blogs et amateurs de boom bap jazzy. Avant de faire tomber le masque, voici un petit avant goût de ce qui vous attend au Saint des Seins…

Comment as-tu commencé à produire tes morceaux ?

J’ai du commencer vers 14 ans. Je faisais comme tout le monde, seul dans ma chambre avec FL Studio ! J’étais à fond sur les prods de Dj Premier. J’ai assez rapidement acheté une MPC pour m’y mettre un peu plus sérieusement, puis j’ai diffusé mes morceaux sur le net. Au niveau des influences, ce n’est pas très original, mais je pense tout de suite à J Dilla !

Pourquoi ce nom, « Mr.Troy » ?

Je ne le dirai pas (Rires) ! En fait je prévois de sortir un projet qui expliquera ce pseudo. C’est aussi pour ça que je ne diffuse pas trop de photos. Ça fait partie intégrante de l’idée. Je la muris encore. Dans un an j’expliquerai tout !

Justement, tu as beau être très suivi sur internet et les réseaux sociaux, tu sembles cultiver le mystère autour de ton personnage…

C’est vrai. J’aime bien jouer là-dessus, car souvent certains artistes véhiculent une image qui ne correspond pas vraiment à leur musique. Au final je n’ai rien à cacher, mais instinctivement je continue à le faire. Je trouve ça cool de ne pas se montrer !

Chacun de tes Ep a une identité particulière. Comment travailles-tu tes compositions ?

Je pioche partout ! Je ne me mets pas vraiment de limites. Après, je ne suis pas trop du genre à intégrer des bruits que je pourrais enregistrer. Je prélève les samples directement, quitte à les transformer ensuite. Au niveau des morceaux, ça dépend de l’humeur. Je ne me laisse pas guider par la couleur du sample d’origine. Avec la même matière, tu peux faire quelque chose de joyeux et de plus dark. Il y a plusieurs possibilités selon les coupes.

Tu as sorti une dizaine d’Ep. Les trois derniers (Ground, The Bridge, et Exo) sont divisés en parties. Pour quelle raison ?

J’ai voulu faire une évolution. Le premier sonne hip-hop classique, à la new-yorkaise. Le deuxième est plutôt calme mais avec des rythmiques rapides, qui rappellent les productions hip-hop plus anciennes. Ça donne une ambiance un peu mystérieuse. Exo c’est la fin de la série. Il correspond à la pochette : c’est un décollage dans l’espace pour évoquer le voyage. Si j’ai de la matière j’en ferai peut-être un quatrième, mais c’est chaud d’aller au-delà de l’espace (Rires).

En septembre dernier tu as sorti un album avec le new-yorkais Junclassic…

Figures. Junclassic c’est un ancien ! Il a commencé en 1994. Il faisait partie de Monster Island Czars, un des groupes de MF Doom. Je l’ai découvert dans une vidéo de Damu The Fudgemunk. Dans une de ses vidéos il tape un freestyle, et j’ai tout de suite accroché. Je l’ai contacté puis tout s’est fait très vite. Il bosse beaucoup. Il fait vraiment plein de sons. Je lui envoyais les instrus par internet, il posait dessus, et je faisais le mix.

Ça a bien fonctionné, il a aimé l’album. J’espère qu’on fera d’autres projets ensemble.

Figures a-t-il été bien reçu ?

C’est toujours un peu dur de le savoir. Les gens ont juste tendance à dire « il est bien ce son ». Ils ne sont pas trop dans l’analyse. Peut-être qu’on ne s’attendant pas trop à me voir sur autre chose que de l’instrumental pur… En tous les cas, je me suis fait plaisir !

Et les rappeurs français ?

Il y en a de très bons, mais ils sont durs à avoir, ou très occupés. En général, je trouve que les français sont en dessous par rapport aux américains. Ils sont plus dans l’écriture, et un peu moins dans le flow. Ils racontent souvent la même chose et se plaignent beaucoup (Rires). Mais bon, il ne faut pas tomber dans la caricature. J’aime beaucoup ce que fait Vicelow, entre autres.

Le mois prochain, tu sors un vinyle sur le label allemand Jakarta Records (Raashan Ahmad, Akua Naru, Blitz The Ambassador, Mc Melodee…).

Oui, c’est vraiment cool ! Ça s’est fait de façon simple. J’ai envoyé un mail, et la personne qui gère la structure m’a donné son accord. Au passage : l’album de Raashan déchire.

Tu joues peu en dehors de Paris. C’est un peu pour ça qu’on t’a invité à Toulouse! Mr. Troy, ça donne quoi en live ?

Ça ressemble à un live Dj, car je suis très concentré sur ce que je fais. J’essaie de transmettre le plus d’énergie possible. Je vais faire un bon mix entre les différentes track pour donner un maximum de vibes. Je préfère ne pas trop en parler pour que les gens viennent et découvrent d’eux mêmes !

Tu passes après Poldoore. Tu le connaissais ?

Non, mais du coup j’ai écouté ! Certains morceaux me rappellent Gramatik, ça envoie.

Tu écoutes quoi en ce moment ?

Ceremony, le dernier Raashan Ahmad ! Je kiffe bien « Guns » (Ta-Ku à la prod !) et « Fly » en featuring avec les Crown City Rockers.

On se voit le 10 mai au Saint des Seins ?

Carrément ! Merci à vous !

 

Propos recueillis par Paul Muselet