Nous avons rencontré les bordelais au détour d’un backstage, en pleine tournée des festivals l’été dernier.

Touche électro dans les productions, flow percutant, clips spielbergiens, textes énigmatiques et look improbable: sur scène comme en studio, le groupe ne ressemble à personne, se jouant des codes pour revendiquer sa différence dans le paysage hip-hop français. Pour nous ça ne fait aucun doute : ils feront parler d’eux en 2013.

Discussion avec Al, Jaco, Merlin et Priska.
Au programme : rap français, électro, Oxmo, petit abricot… et leur prochain OVNI. 

Votre formation est plutôt atypique. Comment s’est monté Odezenne ?

Merlin : On s’est tous plus ou moins rencontrés à Bordeaux. On se connait depuis quinze ans. Priska, c’est la petite sœur d’Alix (Al, ndlr) qui est danseuse professionnelle. A l’époque elle avait fait un spectacle où Jaco intervenait en tant que slameur. De mon coté, je faisais déjà des prods. On est tous potes à la base. C’est aussi ce qui nous a motivé à faire de la musique ensemble.

Aujourd’hui, il y a un fort intérêt médiatique autour du groupe, et de grands festivals vous invitent. Comment analysez-vous cette reconnaissance et ces retours de plus en plus nombreux depuis la sortie d’OVNI ? Qu’a amené cet album par rapport à Sans Chantilly ?

Al : On mesure notre évolution au nombre de déclarations d’amour qu’on reçoit sur Facebook ! (Rires) Avant c’était une tous les neuf mois, et en plus c’était la même… Là, on est plus à deux-trois par jour. Non sérieusement, je pense que ce qui a fait adhérer les gens ce n’est pas juste la musique. Par exemple, à l’époque Sans Chantilly, il n’y avait pas d’images de nous. On ne se filmait pas. Il n’y avait pas de photos, rien. On s’est dit : ouvrons le truc, et montrons qui on est. Je pense qu’au final, les gens ont besoin de mettre des visages sur les artistes qu’ils écoutent. Aujourd’hui, c’est difficile d’avancer masqué vis-à-vis du public  je pense.

Jaco : Entre ces deux albums, il y a deux ans. Donc tu grandis, tu évolues. Et puis on a changé l’orthographe du groupe aussi, on a enlevé le « 2 » pour l’écrire de manière plus littéraire, plus sérieuse. Ce n’est pas non plus innocent je pense. Ce qui a changé, c’est qu’on assume davantage notre musique. On veut vraiment faire des choses qui nous ressemblent. Le troisième album sera encore plus honnête. On cherche l’honnêteté intellectuelle !

A l’écoute de l’album, on ressent  des influences de plus en plus électro dans les productions. Allez-vous continuer à évoluer dans ce sens ?

Merlin : On me dit souvent ça, mais je ne trouve pas que cela soit plus électro que ça. Je pense que c’est la batterie qui provoque ces réactions. Il y a un peu de tout en fait. Bon c’est vrai, « Tu Pu du Cu » c’est devenu notre vitrine malgré nous, et là pour le coup le morceau est typé électro. Mais il y a beaucoup d’influences rock, pop, trip-hop…. et du hip-hop un peu aussi !

Quelle position tenez-vous par rapport au milieu du rap français ? Le flow d’Odezenne reste tout de même marqué par le rap des années 90, je me trompe ?

Al : C’est clair, on s’est nourri du rap de cette époque, même si je n’écoute pratiquement plus de rap aujourd’hui. Si je devais citer un album, je citerais L’ombre sur la mesure de La Rumeur, qui pour moi est au dessus des autres. A part ça, j’aurais du mal à citer une influence en particulier.

Et toi Jaco ?

Jaco : Moi j’ai écouté beaucoup de rap français à l’époque. Après, j’ai découvert plein d’autres choses, je me suis un peu ouvert l’esprit. Aujourd’hui, quand je réécoute ces albums que j’écoutais à 15-16 ans, ce qu’on a appelé « l’âge d’or du rap »… ça me touche beaucoup moins. Maintenant j’ai envie d’écouter Beethoven, Bob Dylan, Pink Floyd… m’ouvrir à toutes sortes de choses.

Vous dites ne pas vous reconnaître dans le paysage rap français actuel…

Al : (il coupe) Evidemment ! Comment veux-tu qu’on s’y reconnaisse ? Regarde la dégaine à Merlin !

Merlin : Hip-hop mec ! (Rires)

Odezenne 3

…et pourtant vous avez participé à un free-style à la radio aux côtés d’Oxmo Puccino, 1995 et des membres de L’Entourage à l’occasion des 50 heures du rap sur Goom Radio en 2011 !

Al : Disons que Jaco et moi, on est clairement l’influence rap du groupe, c’est assez clair. On a tous les deux halluciné sur les free-styles des X-men à l’époque Time Bomb, comme tout amateur de rap. Là, on a appris qu’Oxmo nous avait invités pour une émission radio. Je l’ai écouté comme un dingue pendant 10 ans, donc forcément j’accepte. En plus c’est un exercice qu’on sait faire, et on y prend plaisir. Mais le fait d’y être allé, c’était un truc « à part ». Odezenne, ce n’est pas un mec qui kicke sur un beat. Dans le contexte du groupe, on essaie d’écrire nos textes et de faire passer des idées, de faire de notre vie un groupe, de notre groupe une vie… Cette intervention avec Oxmo n’avait rien à voir. C’était très personnel.

Jaco : Ce qui est marrant, c’est que quand on nous a invités à faire ce freestyle et on était déjà plus trop dans ce délire. On voulait déjà bosser sur des esthétiques plus précises, des trucs qui nous ressemblent. On en parlait avec Alix, et on se disait que ça nous intéressait plus vraiment de faire des freestyles où tu attends « le moment de grâce » où tu vas poser. Le grand moment où tu vas pouvoir lâcher ton gros couplet, ton « super 16 ». Et là, c’était un peu…le roi qui nous invitait. Il fallait accepter. J’ai écouté du rap, et Oxmo a toujours été au dessus. Il avait une poésie que les autres n’avaient pas. L’air de rien, ce passage radio a été l’occasion de passer à autre chose. Ça nous a aidés à tourner la page.

Pouvez-vous nous parler du Remix de Petit Abricot composé par Noob ? Comment est née l’idée du remix avec les samples d’Alice au pays des merveilles ?

Al : Je tiens à dire que j’ai fait chier Merlin pour qu’il le fasse ! Il ne voulait pas au début !

Merlin : En fait Noob a fait le morceau « Petit Abricot », et je kiffais vraiment la petite boite à musique qu’il avait intégrée. Sa ligne défonce. J’étais vraiment jaloux ! Alors j’ai fait ma version de sa compo et c’était vraiment cool ! On s’est dit qu’avec les images d’Alice, ce serait bien d’utiliser des samples de « In a World Of My Own » qui allaient bien concorder. C’est notre premier remix du coup !

Un petit mot du prochain album ?

Merlin : C’est en cours. C’est un gros chantier, pour l’instant on ne se met aucune limite. On essaie de trouver nos limites. Quitte à se recentrer, mais là on part dans tous les sens ! On part d’un texte sans mélodie, sans aucune harmonie. A l’arrivée, on peut faire du reggae autant que de la soul. Il faut juste qu’on trouve la formule qui collera le mieux possible.

Al : Là on est dans une période où chacun va mettre au centre de la table ce qu’il a envie d’apporter. On est comme au début d’OVNI. Pour l’instant, certains d’entre nous sont plus avancés que d’autres. Merlin a mis pas mal de prods sur la table. Jaco a mis quelques textes, moi quasiment pas. On essaie de voir à quoi ça va ressembler. On ne sait pas en fait. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne fera pas la même chose !

Merlin : Je pense qu’on s’ennuierait horriblement à essayer de cuisiner la même recette. Innovons ! On verra si ça passe ou pas.

Jaco : Comme disait Jean Gab’1 : « les recettes, c’est pour les tapettes » !

 

Propos recueillis par Paul Muselet.