Disons-le franchement : la scène hip-hop toulousaine est en pleine ébullition. Dans ce contexte où les projets pleuvent, difficile de passer à côté d’Omerta Muzik, collectif ultra productif écumant les scènes et les premières parties. En attendant la sortie de l’album, rencontre avec le groupe, à 10 dans un 10m² ! Il est temps pour Omerta de briser la loi du silence…

Pouvez-vous nous présenter le collectif ?

Diaz : On est dix dans Omerta Muzik, en comptant Toxine. A la base c’était un groupe de beatmakers : il y avait Enro, Djé et moi. J’ai rencontré Enro au taf, il m’a montré comment on faisait les instrus. Après Capdem est venu se greffer au groupe (on travaillait tous à Carrefour à l’époque !) (Rires) On a appelé le collectif « OMERTA », parce qu’Enro est passionné par l’histoire de la mafia. C’est aussi une façon d’être, car on n’est pas du genre à déblatérer. C’est la loi du silence !

Enro : J’ai toujours trouvé que la formule allait bien avec le rap. C’est une musique qui a beaucoup été censurée, tu connais !

Diaz : Après on a rencontré Melan, suivi de Rilcy, Selas et Fadah. Au niveau du logo on est partis sur les trois singes sages : les oreilles, les yeux et la bouche. La loi du silence toujours ! Ça nous représentait bien.

Au sein d’Omerta Muzik, chaque rappeur a un projet solo. Quelle identité revendique le groupe ?

Diaz : C’est comme ça aussi pour les beatmakers. On fait beaucoup d’instrus pour d’autres, on ne se limite pas qu’au groupe. Chacun a ses projets. Ça se fait beaucoup par affinités en fait. Melan bosse beaucoup en solo et il prend souvent des instrus d’autres producteurs. Après c’est sûr qu’il faut savoir se recentrer sur le collectif. Mes meilleures prods sont pour l’équipe ! C’est important, il faut représenter. Si c’est une réunion d’individualité ça n’a aucun sens. On essaie de faire avancer le crew tous ensemble.

Omerta c’est une musique plutôt sombre. Autant au niveau des instrumentales que des textes. Pourquoi ce parti pris ?

Rilcy : ça se fait beaucoup au feeling du moment ! On commence par écouter les prods, on écrit dessus, et on y va direct.

Fadah : Sur le projet il y a de tout. Il y aussi des morceaux plus légers. Mais c’est vrai qu’en général on parle de ce qu’on ressent. Il y a une introspection. Je me vois mal parler de moi sur une instru marrante…sauf si tu as envie de faire le guignol !

Melan : On se rejoint tous sur ce côté sombre. Nos textes sont assez réfléchis. On se dit que ça peut parler à d’autres gens… j’espère en tout cas !

Enro : Ce que je trouve intéressant dans un groupe, c’est que tout le monde amène sa manière de faire. Il faut se différencier dans un collectif. Djé tape dans le jazz, moi la soul et Diaz fait des morceaux plutôt dark.

Diaz : N’empêche il a pu arriver qu’on parte en vrille sur des instrus joyeuses. Sur l’album de Melan, vous verrez. Il a de la ressource pour ça ! (Rires)

Melan : Eh oui, je suis éclectique ! Dans la compil qui arrive, je me suis frotté à des délires plus chelous pour faire des choses différentes. En solo on a tous nos délires, comme sur les « #So What ?« , mais il faut que ça reste patate.

Selas : « mon égo n’est pas forcément sombre » !

Le morceau « Parce qu’on est seuls » n’est pas un peu contradictoire avec l’esprit de groupe que vous revendiquez ?

Fadah : C’est justement là-dessus qu’on voulait jouer. Quand tu es très entouré, tu peux avoir l’illusion de ne pas l’être. Au final, on a beau être ensemble…on est seuls !

Melan : Comme l’a si bien dit Rilcy : tant qu’à être seul, « autant être tous seuls, mais ensemble » ! Il y a des moments où tu dois faire des choix, ça ne dépend que de toi. Comme au MacDo ! Dur ! (Rires)

Et cette session studio dans la montagne, ça a donné quoi ?

Diaz : Imagine plus d’une semaine à 15 dans une cave ! En plus il y avait ma grand-mère en haut, donc on ne pouvait pas non plus faire n’importe quoi, elle a 86 piges ! En tout cas c’était productif, on a bossé à fond.

Melan : On commençait à 18h et on arrêtait à 5 heures du mat, tous les jours !

Fadah : On a enregistré cet album en featuring avec 100Larmes, Diky, Abrasif et 10vers.

Votre entourage dans le rap toulousain ?

Diaz : Notre entourage c’est BimBam – Bastard Prod ! Ce sont eux qui nous amènent le plus de choses. I2C aussi ! Et les structures : Keep It Real, NRS, CMF… Ils nous ont bien mis en place. Après il y a des connexions à Paris, en Suisse, en Belgique…

Rilcy : Ça bouge bien à Toulouse. Depuis deux ans, il y a beaucoup d’initiatives. La première partie du concert d’Alchemist (à la Dynamo, NDLR) c’était énorme. Dix groupes toulousains en première partie, bon esprit !  Je ne pense pas qu’on aurait pu voir ça il y a trois ans.

Diaz : Ici c’est petit ! Tu peux aller seul à un concert de hip-hop tu ne seras pas perdu, tous les copains seront là. Même sans Omerta, Il y aura toujours un Stick, un Pedro ou une Elsa ! (Rires)

Prochain concert ?

Enro : Première partie de Flynt à la Dynamo, le 30 novembre !

Les sorties à venir ?

Diaz : Le 15 titres Omerta bien sûr. Les deux sons « Parce qu’on est seuls », et « Mon Ego » figurent sur l’album. Un troisième clip arrive prochainement. Après il y a tous les projets solo !

Enro : Et les compils de beatmakers. La mienne sera très locale. Il y a une dizaine de morceaux prêts, j’en prévois 24 !

Diaz : Perso je suis un peu en mode ralenti, comme je balance beaucoup d’instrus aux copains. Mais ça arrive, il y aura de belles têtes dessus… (j’en parlerai quand ce sera plus abouti !) Il y a le projet de Fadah aussi.

Fadah : Les Loges de la folie, qui sort bientôt. Le premier clip dans quelques semaines !

Selas : Je prépare aussi un truc de mon côté, mais ce n’est pas pour maintenant.

Melan : C’est à moi ? Bon, alors ça fait un an que je suis sur ma compil… Dans une semaine ça sort, enfin. C’est mixé par Toxine. Il n’y a presque que des morceaux solos. Sur cette base là, je commencerai à écrire mon album.

Propos recueillis par Paul Muselet.