En 2013 : talent prometteur. En 2014 : dans le top 10 des rappeurs d’Atlanta « à suivre ». Et au moment d’entrer en 2016… le talent de QUE peine encore à éclater au grand jour, au moment même où sort la mixtape de référence I am Que.

Face à une telle injustice, on en vient à se demander si la profusion de sorties en provenance d’ATL n’est pas autant un miracle qu’une malédiction.

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Alors, évoluer à l’épicentre de la scène mondiale pour un jeune rappeur : aubaine ou handicap ? Depuis l’avènement du « baby boom trap » post-Gucci Mane en 2010, quiconque désire sortir du lot à Atlanta… devra charbonner au quotidien. Et si possible, ne pas dormir.

Pour réussir, il y a deux solutions. 1) avoir un talent artistique hors-norme. 2) se doter d’une personnalité suffisamment excentrique pour éclipser la concurrence. Certains cumulent les deux avec une productivité dépassant l’entendement (un projet tous les deux mois), obligeant le feu des projecteurs à se braquer sur eux tout au long de l’année. Les monstres Young Thug et Future, pour ne pas les nommer. Et on a beau dire que la scène d’ATL se renouvelle en permanence, les grandes têtes d’affiche d’hier sont –à peu de choses près- celles d’aujourd’hui. Mais où sont les QUE, Skooly, Johnny Cinco, Rich The Kid, Jose Guapo…? Ils sont bien là. Mais loin derrière.

Pourtant, QUE ne débarque pas les mains vides. C’est à se demander ce qui lui manque : un morceau imparable en guise de CV, devenu un des hymnes d’ATL en 2013 (« OG Bobby Johnson »), une signature chez le géant Atlantic, une association durable avec un producteur expérimenté (Sonny Digital), un banger grand public avec Trey Songz (« Too Much »), et le très efficace « Time », symbolique de l’urgence et de la masse d’énergie à déployer pour sustenter ses espoirs de réussite.

Oui mais voilà. QUE ne serait-t-il pas un rappeur trop « générique » ? Ses détracteurs lui reprochent une apparence calquée sur Offset (oui, la dégaine c’est important), une voix rauque rappelant le timbre de Kevin Gates (en moins bien), et un manque de polyvalence particulièrement flagrant sur les 10 titres de la mixtape The Sixth Man, sortie en mars 2015. Plutôt réussi, ce projet avait les défauts de ses qualités. C’était du très bon rap d’Atlanta. Mais sans plus. Au même titre qu’une énième tape de Migos, qu’on écouterait à fond les ballons le jour de sa sortie, sans jamais la remettre dans le poste la semaine suivante.

C’était sans compter sur I am Que. Avec un titre pareil, pas le choix. Le principal intéressé allait devoir montrer sa singularité. On y découvre un artiste plus nuancé que sur les projets précédents. Plus appliqué. Plus subtil aussi, à l’image du premier morceau « Vampire City » produit par Oz.

Tout en donnant au peuple ce qu’on attend d’un jeune rappeur d’ATL (un hommage de plus au pape local, le crapuleux « Gucci Said »produit par Sonny Digital), QUE dépasse la posture du bon élève de la trap, avec des qualités intrinsèques qu’on ne lui connaissait pas. Même sur les instrus les plus sombres, (« Woodworks », « No Way », « Withdrawals », produites par 30 Roc des Ear Drummers), le rappeur se fait plus inventif. Moins direct, le flow s’aventure dans des virages à l’inertie plus musclée. Et ça fonctionne. Comme sur le titre « Smackdown ». Armé d’un refrain accrocheur, il livre là un morceau innatendu aux consonances reggae, flûte et violoncelle à l’appui ! Cette fois, aucune accusation de suivisme en règle de la « tendance Migos » ne sera à déplorer.

À ce titre, le morceau « 12 AM » est une démonstration de plus. QUE a muri. Il a su se réinventer, en canalisant son énergie dans une mixtape-album de haut vol, variée et équilibrée. Un de nos projets préférés cette année !

(En téléchargement libre ici)

Rendez-vous en 2016 pour la suite des aventures de QUE…

Paul Muselet