Tout va très vite dans la musique. Habitués aux premières parties, les jeunes montpelliérains de Set&Match tiennent désormais le haut de l’affiche après une année riche en rebondissements, des Francofolies au Printemps de Bourges, en passant par les Eurockéennes de Belfort. De passage à Toulouse le 4 avril au Connexion Live, ils défendront sur scène leur dernier album, « Tudo Bem ». L’occasion de rencontrer Bunk, membre du trio…

Comment est-né Set&Match?

Je suis arrivé à Montpellier en 2007. À la base, je suis du sud-ouest, j’ai passé pas mal de temps à Toulouse et à Bordeaux.  Tout a commencé quand j’ai rencontré Faktiss via MySpace. On a fait un morceau, puis un petit Ep. C’était vraiment un délire entre potes. C’est là que sont arrivés Jiddy et Spaaz. De fil en aiguille on a formé Set&Match.

Vous évoluez en trio depuis deux ans, qu’est devenu Spaaz ?

À un moment donné la musique prenait de plus en plus de place dans nos vies, et il a fallu faire un choix. Spaaz a choisi les études, il voulait faire médecine. Depuis il a bifurqué, il fait du droit en ce moment.  Dernièrement je crois qu’il s’est remis à faire du son !

Vous avez été très tôt en contact avec des gens comme Grems. Comment êtes-vous entrés en contact ?

Ça s’est fait naturellement. Pour jouer à Montpellier on organisait nos propres concerts. Très tôt, on a invité des gens dont on appréciait la musique pour faire de vrais concepts de soirée, et faire la première partie. On a rencontré Dabaaz, Dj Gero, et beaucoup d’autres. Le courant est vraiment bien passé avec Grems.

La plupart des gens vous ont découvert avec « Sunset » et son clip estival. Aujourd’hui, pensez-vous que c’est aussi cette vidéo qui vous a permis de vous faire connaitre ?

Il y a eu plusieurs étapes je pense. On avait déjà fait « O’High », un morceau sur la fumette assez teenager. Un truc super léger. Le morceau a plus d’un millions de vues. Je pense qu’il a fait le buzz parce qu’il touche un public d’ados qui regarde beaucoup de vidéos sur Youtube. Pour « Sunset », Spaaz ne faisait plus partie du groupe. On commençait à mettre en avant le côté Montpelliérain, cette image « sud ». On a continué avec « Mtp Bop a Lula » en exagérant le délire fête et débauche. Pour moi, ces trois singles ont marqué l’évolution du groupe.

Vous aviez sorti beaucoup de vidéos par le passé, mais aucune n’avait l’ambition de « Sunset » au niveau esthétique. Quel déclic vous a fait passer ce cap?

En fait je réalise les clips avec un pote. On a créé notre collectif, Le Crabe Production. Comme notre musique devenait plus mature, les vidéos ont suivi le mouvement. C’est vrai que c’était notre première réalisation « soignée ». Elle nous a demandé beaucoup plus d’investissement et de temps, mais à part des mangues et quelques pastèques, ça ne nous a pas coûté grand-chose! On a réunit un peu de matériel, et beaucoup de bonne volonté ! On a mobilisé les gens de façon naturelle en organisant un apéro, tout simplement.

Des morceaux sont fly, d’autres très festifs. Comment définirais-tu la musique de Set&Match ?

On est assez influencés par la scène actuelle, surtout la scène américaine. On se rapproche de certains beatmakers dont le taf nous plait, tout se passe au feeling. On bosse à l’image des groupes qu’on aime, qui peuvent autant faire du club que du boom-bap. Au niveau de notre identité, elle se trouve dans la façon dont on aborde la vie à travers nos textes. Ni street, ni gangsta, mais plutôt « middle-class ». La vie de tous les jours, celle du français moyen. Après, je t’avoue qu’on est très influencés par le fait d’habiter dans le sud, d’avoir des jolies filles et du soleil en permanence ! Niveau instru, on fait appel à plein de gens. Ça fait notre force, mais ça peut aussi être une faiblesse, car ce n’est pas toujours facile. Il y a vraiment beaucoup de producteurs aujourd’hui. Ça nous amène dans plein d’univers différents.

A l’inverse d’autres groupes de votre génération, vous paraissez moins tournés vers le rap français des années 90…

J’ai 30 piges, donc j’ai vraiment grandi là-dedans, Après, je me sens beaucoup plus représenté par ce qui s’est fait après 2000. On se prend beaucoup plus de branlées en écoutant ce qui se fait aujourd’hui. On est tournés vers la nouveauté. Le rap évolue, on a envie d’évoluer avec ! On se laisse balader par plein d’influences, même de la pop. Ce n’est pas toujours évident pour les gens de cerner notre musique, mais on fait ce qu’on aime, c’est le principal. Après, si demain on reçoit une instru de fou à la Dj Premier, on ne se privera pas de rapper dessus!

On vous sent très portés sur la musique de certains artistes comme Wiz Khalifa…

Bien sûr, ça nous parle, ce côté fumette et ce son à la fois pop et énergique… Personnellement, ça ne fait pas partie de mes influences premières, mais nous sommes 3 dans le groupe, et Jiddy avait repris une face B de Khalifa avec A2H.

Que vouliez vous dire à travers le titre « Set&Match 2.0 » ?

C’est un peu « la dernière version du logiciel ».  C’est prétentieux, mais il y a beaucoup d’humour aussi. On voulait montrer que désormais on avançait à 3. Que Set&Match, ça commençait maintenant !

Pourquoi avoir appelé l’album Tudo Bem ?

Ça veut dire « tout va bien » en portugais ! Faktiss est d’origine brésilienne. On lui disait souvent ça pour le chambrer, mais au final ça représente plutôt bien notre façon de voir les choses. On se sert de la musique pour que tout aille bien, même si ce n’est pas le cas. C’est une manière de positiver. À l’image des pays latino, on veut avancer avec le sourire. La musique est notre garde-fou. Ça nous permet de relativiser, de rester léger en gardant la tête haute malgré les galères, car on est loin d’être riches !

Comment expliquer qu’avant vous, aucun groupe montpelliérain n’aie réellement fait parler de lui en France?

On est loin d’être les seuls, il y en a eu beaucoup. D’autres rappeurs font parler d’eux, comme Joke par exemple. Je pense que ça dépend aussi de l’époque. La scène locale est dense, certains vont percer d’ici peu de temps, j’en suis sûr. Après, mettre en avant Montpellier, c’était un choix ! « Mtp Bob a Lula », c’est un hymne à la ville.

Quel regard portez-vous sur la scène toulousaine ?

J’ai un attachement particulier à cette ville, car j’ai commencé là-bas le son avec Al’Tarba. On allait chiner des vinyls ensemble à l’époque.  Sinon récemment, j’ai fait un featuring avec Dadoo et son frère Billy Bats. J’aime beaucoup leur musique, on s’apprécie. On connait bien le binôme Big Flo et Oli, ils cartonnent en ce moment. On est assez proches d’I2C aussi. On a une très bonne copine sur Toulouse qui nous a mis en relation avec pas mal de gens.

On va finir par un petit quiz. Quel morceau de rap français as-tu le plus écouté ?

« L’Ecole du Micro d’Argent » peut-être… Ah non, c’est « Le Retour du Shit Squad », à coup sûr ! Aujourd’hui j’écoute beaucoup moins de rap français, mais ces deux là arrivent en pôle position.

Le morceau le plus efficace que tu aie entendu dernièrement ?

« Bugatti » d’Ace Hood avec Future et Rick Ross ! Il est vraiment lourd en club.

Tes albums favoris sortis récemment ?

Le Drake et le Snoop.

Et quand tu n’écoutes pas de rap ?

Du vieux rock ou de la vieille chanson française. J’aime beaucoup la musique des années 80 aussi. J’écoute de tout, de Supertramp à Artic Monkeys !

 

Propos recueillis par Paul Muselet