Nous les avions découverts l’année dernière. Chefs de file du plateau Banzaï Lab, les bordelais avaient littéralement retourné la petite scène du Garorock devant plusieurs milliers de personnes avec leur hip-hop swing festif et percutant. À l’occasion de la sortie de Nasty Tricks en mars, nous avons contacté Smokey Joe pour échanger quelques mots…

Comment Smokey et Kid se sont-ils rencontrés ?

On se connaissait déjà depuis 6 ans, mais chacun faisait ses projets dans son coin. On a monté le label Banzaï Lab en 2007. Nous étions 4 Djs à l’époque. Peu après, on a tapé un délire de soirée autour d’un braquage de bar. Comme le concept a bien fonctionné, on a continué à construire des set-list dans l’esprit gangster, hip-hop et vieux swing. A partir de là, on a eu de plus en plus de retours positifs. On a décidé de continuer à composer des tracks dans cet univers. Ça fait deux ans maintenant !

Musicalement, d’où te vient cette attirance pour les samples swing du début du siècle ?

J’ai été élevé au jazz avec mes parents, j’en ai toujours beaucoup écouté. Il y a des sonorités très joyeuses, mais aussi de la mélancolie. L’univers est très riche. Plus on en écoute, plus on se rend compte de la fraîcheur de ces compositions. Ces musiques étaient faites pour être dansées ! Pourquoi ne pas ramener cette énergie dans les clubs en 2013, avec l’impact du hip-hop et de la bass music ?

Certains vous cataloguent électro-swing, mais vous semblez de ne pas vous reconnaître dans ces esthétiques…

On ne se revendique pas du tout de cette mouvance. On vient vraiment du hip-hop. Le swing est juste un outil ! La plupart des groupes électro swing se rapprochent davantage de la dance music. Quand tu vois les MC qu’on a invité sur l’album, tu comprends vite que ce n’est pas notre délire. C’est un peu comme le dubstep. Il peut nous arriver d’en faire au moment d’un break pendant un set. Ça fonctionne, car c’est une musique très puissante. Après, je trouve que ça tourne vite en rond. C’est un outil, pas une fin en soi !

Vous sortez votre premier album Nasty Tricks. Ce format plus long a-t-il influencé vos compositions ?

On a appréhendé cet album comme une jam session dans un vieux club de jazz ! On a produit les musiques, et on les a proposées aux artistes de notre entourage pour qu’ils composent librement dessus. On les a laissé s’exprimer en tout liberté. C’est le fruit de deux ans de travail. On a fait le tri en se fixant sur notre ligne directrice : une balade dans les vieux quartiers, avec plein de MC !

En parlant d’invités, peux-tu nous parler de Lou Piensa et Waahli de Montréal ?

Deux membres de Nomadic Massive ! C’est un crew qu’on a rencontré l’année dernière : un collectif multiculturel composé d’Haïtiens, d’espagnols… Ils s’expriment dans beaucoup de langues avec un vrai engagement politique. Une vraie famille. Sur scène, ils sont onze. Quand on les as vus ça a été le coup de cœur. Lou et Waahli avaient déjà posé sur notre premier Ep. Ils étaient partants pour une autre track. On va continuer à bosser avec eux, ça se passe très bien. On les a fait venir à Bordeaux, on a joué ensemble à Bourges… J’invite tout le monde à aller écouter « Moving Forward », un excellent titre du groupe…

Vous avez multiplié les scènes ces deux dernières années. Vos meilleurs souvenirs en live ?

Montréal à -30° en janvier c’était assez mémorable ! Sinon les premières parties avec General Elektriks. Je ne connaissais pas leur live. Sur scène, c’est impressionnant. On a joué avec Foreign Beggars aussi, un super souvenir. Ah oui, j’allais oublier la date de l’année dernière au Garorock ! On a joué devant 5000 personnes à fond, alors que David Guetta jouait en même temps sur une autre scène !

Ton collègue The Kid (a.k.a Senbeï) fait aussi partie du collectif Tha New Team, lui aussi signé sur Banzaï Lab. Le label brasse beaucoup d’influences mais semble défendre une identité bien particulière. Peux-tu nous en dire plus ?

Nous voulions créer une maison qui défendait une certaine cohérence. À la base, nous souhaitions défendre tous les projets qui mélangeaient musiques électroniques et instrumentales. Le tout dans un esprit collectif et do it yourself ! On fait aussi de l’accompagnement administratif, on organise des échanges internationaux (avec la Turquie, le Canada…). Le fait de communiquer tous ensemble nous donne plus de poids. Pour parler de Toulouse, nous allons sortir le prochain Ep d’Al’Tarba, et très certainement son album, tout comme Mr. Grandin ! Sinon, il y a le projet de Senbeï, celui d’United Fools… Nous sommes basés à Bordeaux, mais cette famille s’étend partout en France !

Sans modestie, votre remix qui déchire le plus ?

Je reste fan de notre remix du Livre de la jungle, qu’on a fait il y a un an et demi. C’est électro, mais la chanson reste au cœur du morceau.

La production originale dont vous êtes le plus fier ?

La track avec Puppetmastaz !

Le morceau qui vous a mis une claque dernièrement ?

Le « Bassline Junkie » de Dizzee Rascal !

Le remix de Happy qui vous a mis la pression pour le contest C2C (Smokey Joe & The Kid ont participé au concours, NDLR) ?

Celui de Chill Bump ! Ce sont des amis. Leur morceau est top.

Un dernier mot pour le public toulousain ?

La ville me manque ! Ça fait longtemps que nous ne sommes pas venus, et c’est à côté ! On espère revenir à l’automne. Le public toulousain est toujours motivé, comme d’hab ! Vous nous manquez, à très bientôt !

Propos recueillis par Paul Muselet