Nous avons connu Sorg via notre boîte mail et le titre « Republic », qu’on a rapidement logé dans nos playlist radio. Quatre ans après Lilea Narrative, le beatmaker français retrace le méridien Besançon-Cincinnati avec le rappeur Napoleon Maddox. Mais ici, pas question de featuring. Le jazz hip-hop de l’américain se fond avec l’électro pour un projet à part entière : « Ribbons & Razors ». En bref, croquez ce burger au comté, ou lisez cet interview! 

Sorg, c’est un blaze de gamer non ?

Sorg : C’est un vieux pseudo que j’utilisais avant sur internet, donc oui j’avoue il y a un côté geek (Rires) !

Comment en es-tu arrivé à produire du hip-hop ?

Sorg : À la base, je viens du milieu rock. J’ai fais du blues jusqu’à 15 ans, jusqu’au jour où mon grand frère m’a fait écouter du vieux hip-hop. Je me suis blindé le crâne pendant deux-trois ans et ça m’a donné envie d’en faire !  Quand j’ai commencé, j’ai voulu apporter ma touche personnelle pour sortir des sentiers battus, d’où cette touche « électro ».

Comment qualifie tu ta musique ?

Sorg : Les noms c’est un peu compliqué. Souvent j’utilise « électro hip-hop », pour rester large. En général ça parle plutôt bien aux gens.

Cette scène est assez en vogue à Besançon. On sent beaucoup d’influences communes entre artistes franc-comtois, que cela soit chez Lilea Narrative, Cotton Claw… Notamment ce son de synthétiseur que tu utilises sur le morceau Square Saint-Louis.

S : C’est vrai. On ne s’est pas concertés, je ne sais pas vraiment comment cela s’est développé. Il y a beaucoup de beatmakers ici, avec des gens qui ont commencé bien avant moi comme Lilea. Leur son m’a influencé c’est certain.

Sur ton Ep solo 16 Diamonds, on se disait qu’on pouvait te comparer à des artistes comme Superpoze, puis tu t’es rapproché du hip-hop en invitant un rappeur. Pourquoi ce choix ?

S : Quand j’ai commencé le son, je produisais pour des rappeurs, et souvent les projets n’avançaient pas. Du coup, je me suis lancé en solo dans l’instrumental. J’ai fais deux Ep comme ça, mais j’avais toujours envie d’avoir une couleur vocale sur mes morceaux. Ça change la donne ! Je voulais un anglophone de préférence. Le projet avec Napoleon Maddox tombe à pic, c’est exactement ce que je voulais. De son côté, il avait envie de refaire du rap pur et dur, quelque chose de moins jazz. On s’est bien trouvés.

L’as-tu rencontré par le biais de Liléa Narrative qui avait collaboré avec lui en 2010 ? (le morceau « Transport » )

S : Non, je l’ai contacté directement par mail. Il m’a répondu assez rapidement. On a discuté à distance de « Wild West » pendant deux semaines et c’est sorti tout aussi vite. Cela m’a mis en confiance pour la suite. C’est un excellent musicien, il fait partie de IsWhat ?!. Avec ce groupe il a beaucoup tourné en Europe, bien plus qu’aux Etats-Unis. Du coup, il vient assez souvent en France, en Italie et en Angleterre. Il  a un autre groupe plutôt beatbox : A Riot called Nina. Quand on a décidé de faire Ribbons & Razors ensemble, on s’est tout de suite dit qu’il fallait faire des concerts. Sa présence en Europe facilite les choses.

Sur « Wild West », Napoleon Maddox disait avoir écrit en s’inspirant de ta partie instrumentale. Avez-vous travaillé différemment sur Ribbons & Razors, comme il s’agissait d’un projet commun ?

S : On a bossé pareil ! Ça c’était tellement bien passé qu’on n’avait pas de raison de s’y prendre autrement. Je lui envoie, il me le renvoie, et le morceau est mixé en France. Après, on fait quand même pas mal d’arrangements. On discute beaucoup. Des fois je lui envoyais des morceaux qui n’étaient pas finis. Je me fiais aussi à ces textes pour structurer l’ensemble. De toute façon, il faut que ce soit simple. Comme chacun est satisfait de ce que fait l’autre, il n’y a aucun problème.

Aviez-vous un concept précis en tête pour cet Ep ?

S : Le Ribbons évoque le ruban. C’est l’ornement, la poésie, ce côté lyrique. Le Razor, c’est le rasoir,  ce son qui caractérise mes beats. Aiguisé, aigu, tranchant. On voulait imager l’identité de notre son. D’ailleurs sur l’Ep, un morceau s’appelle « Ribbon », et l’autre « Razor ». Ces morceaux sont plus personnels, pour lui comme pour moi.

Les morceaux de l’Ep rappellent tes anciens projets, sauf « Luxury II » avec ses sonorités acoustiques : saxophone, batterie… Pourquoi ce choix ?

S : Au fond je suis plus musicien que beatmaker. J’adore le groove, ça me plait énormément. J’ai pris le parti de faire autre chose que du classique, mais rien ne m’empêche d’y revenir de temps en temps. Le morceau est moins électro, c’est vrai, mais on ne se donne pas de limites. Si le morceau nous plait, on le gardera. Napoleon Maddox est très jazz hip-hop, je savais que cela allait lui plaire.

Qui est Boogie Bang ?

S : C’est un Mc originaire de Cincinnati dans l’Ohio, tout comme Napoleon. Il bosse régulièrement avec lui depuis plusieurs années. J’ai bien kiffé sa voix, et on voulait qu’il y ait quelques featurings. Sur « Fly Piggy » il y a Arin Maya, une chanteuse de Brooklyn. Quand on a composé le morceau on trouvait le refrain faible. Napoleon l’a appelée et ça l’a fait tout de suite !

Vous avez déjà fait quelques dates. Comment le public a-t-il accueilli le projet sur scène ?

S : Super bien. Par rapport à la période où j’étais seul, ça n’a vraiment rien à voir. Le public est davantage capté, car il y a show man sur scène. Au fil du concert, on ne perd pas les gens. Pour l’instant, on a fait Besançon, Lyon et Chambéry. On a tourné à trois, car maintenant un vidéaste nous accompagne sur les dates. Que des bonnes choses, vivement la suite ! C’est plus qu’une association, on en a fait un vrai projet. Il y aura d’autres sorties en 2015.

Pour finir, peux-tu nous donner le morceau qui tourne le plus dans tes enceintes en ce moment ?

S : Je me suis pas mal mis le remix de Disclosure par Flume ! Très cool.

QD : Ton morceau hip-hop fétiche ?

S : J’adore « You », un titre de Hezekiah. Il est groovy et décalé, exactement comme j’aime.

QD : Et du côté des musiques électroniques ?

S : « Juicy Lady » de Peter Digital Orchestra, le premier projet de Fulgeance. Le morceau défonce !


Propos recueillis par Paul Muselet