La combinaison Souleance reste une des attractions de la scène indépendante électronique française. Tout en fraîcheur, les deux compères élaborent depuis 2006 une formule singulière et jubilatoire, produit d’une rencontre entre sonorités black music et rythmiques électro. En 2011, le duo confirme avec l’excellent La Belle Vie sur le label Uk First World.

Après une année de mixes en live, nous nous demandions ce que Fulgeance et Soulist allaient nous préparer dans les prochains mois. Invités par La Petite à l’occasion de l’édition dédiée au Worldwide Festival, Souleance nous convie à la soirée d’ouverture au Connexion Café. On les retrouve souriants en loges, détendus et prêts à en découdre !

Comment vous-êtes vous rencontrés ?

Fulgeance : On s’est rencontrés dans un festival de courts-métrages en Normandie. Alex était là pour mixer. On a parlé et on s’est tout de suite kiffé ! En deux secondes, on parlait déjà de se retrouver pour faire des soirées. On avait aussi des amis en commun au sein du label Musique Large auquel je participe. Ça a donné naissance au projet Souleance.

D’un côté il y a Soulist, proche d’une sélection orientée black music, et de l’autre Fulgeance, lié à la production électronique avec des sonorités plus « digitales ». Le projet en duo est-il un mariage des deux personnalités ?

Soulist : À la base on est tous les deux des amoureux de black music, mais aussi de musiques latines, soul, funk, disco, boogie… La production purement « électronique » c’est plutôt le rôle de Fulgeance, c’est vrai. Du coup je pense qu’on peut parler de « mariage de personnalités ». Tout se fait assez naturellement : on s’échange des sons, on se base sur certains samples et ça part très vite.

Fulgeance : Après on a voulu faire vivre le projet en live. C’est là qu’on s’exprime et qu’on s’éclate le plus !

Quel est votre featuring de rêve ?

Fulgeance : Je pense qu’on est assez d’accord pour dire… Q-Tip ! Direct ! Du côté féminin… euh, Lana Del Rey ! Ou Kelis pour une pochette bien gangsta ! (Rires) Non, sérieusement il y a Alice Russel, ça nous plairait. En plus, ça va peut-être pouvoir se faire. Sinon sur La Belle Vie, on a déjà collaboré avec Shawn Lee. C’était un peu rapide, on adorerait en faire plus avec lui. Dam Funk ce serait génial aussi ! C’est une crème, il est super ouvert.

Quels retours avez-vous eu sur « La Belle Vie » ? Qu’est-ce que cela vous inspire pour les projets futurs ?

Fulgeance : Les retours sont assez bons. De notre côté, ça nous a plu de proposer un album éclectique, varié et qui peut s’écouter tranquille au salon tout comme en teuf ! La Belle Vie ça retrace aussi notre évolution. On a eu la chance de tourner de plus en plus en voyageant à l’étranger. La volonté première c’était de faire quelque chose de funky. On veut continuer sur cette voie en accentuant les éléments électroniques, sans pour autant tomber dans quelque chose de trop digital.

Pour ça, j’ai mon projet Fulgeance. Avec Soulist, on utilise les composantes électroniques pour agrémenter une base black music. Ça renouvelle le son en amenant une division rythmique qui est vraiment intéressante. On ne mettra jamais de basses de gros porc à la Skrillex ! On ne veut pas tomber dans quelque chose de club, que cela soit house ou drum’n’bass. On cherche la fusion qui nous plait avec notre touche à nous. À suivre !

Ce juste milieu entre « sonorités vintage » et composantes électroniques, ne se placerait pas dans la même lignée que ce que font les C2C ?

Fulgeance : C’est vrai qu’ils utilisent des samples à l’ancienne, mais il y a quand même chez eux un côté dancefloor. Leurs productions sont assez « efficaces ». Notre challenge est différent.

Soulist : Dans l’album de C2C, chaque sample a une destination précise par rapport à un style musical. Ils vont s’orienter sur une track typée hip-hop, ensuite sur un morceau dubstep, ou dance 80’s en utilisant pas mal de samples de blues. C’est un tempo qui est proche de ce que peux faire Breakbot, avec des productions électroniques très rondes et groovy. Et ils le font super bien ! Mais ce n’est pas vraiment notre démarche.

Avec le recul, quel est le meilleur morceau de La Belle Vie ?

Fulgeance : Autant pour nous, que pour les gens… « Le Plaisir » ! Ce morceau nous mets la niaque, on est à bloc derrière quand on le joue ! Le morceau vient d’un ancien 45 Tours qu’on avait déjà édité. On l’a ressorti sur l’album avec Shawn Lee.
Après…il y en a plein d’autres. On se kiffe quoi ! (Rires)

On vous voit beaucoup à Toulouse. C’est l’Ovalie qui vous attire ?

Soulist : Le terrain de rugby ! (Rires) C’était un délire à la fin d’un de nos concerts. J’étais parti en délire sur l’ovalie, en prenant très mal l’accent ! Du coup la blague est restée. Notre première venue c’était suite à l’invitation de La Petite pour les Nuits Sonores à Toulouse. Comme on avait déjà joué au Worldwide et que le festival était à l’honneur cette année, je pense que ça leur a semblé cohérent de nous inviter une seconde fois. Après je ne peux pas parler à la place des gens qui nous programment ! Mais c’est toujours un plaisir.

(À Soulist)
Quelle a été pour toi la meilleure soirée What the Funk ? (soirée qu’il organise à Paris, NDLR)

Soulist : Oh ! La question bien dure! (il réfléchit) Pour un concert, je dirais la date qu’on a faite avec ESG au Trabendo ! C’était hyper bizarre, car ESG jouait un peu à côté, mais j’ai rarement vu une ambiance pareille. Un public très varié et tout le monde à bloc ! C’était fou. Pour le club, je dirais…ah c’est chaud. J’ai deux souvenirs en particulier. D’abord la soirée avec Dj Day. Il est aussi producteur, et franchement… je n’ai pas décroché de son mix ! Il a fait l’histoire de la black music en une heure et demie. Sinon, en termes d’ambiance je pense à la soirée avec Raashan Ahmad. Il est arrivé et a mis les gens dans sa poche en deux secondes chrono!

(À Fulgeance)
La pire édition de What the Funk à laquelle tu aie assisté ?

Fulgeance : Comment veux-tu que je réponde à ça ??? (Rires)

Soulist : Elles sont toutes bien !

Fulgeance : En plus je n’en ai vu que trois ! Et j’ai kiffé à chaque fois, notamment celle avec Dj Cam.
C’était mortel. Une autre question ? (Rires)

Je m’en doutais. En voici une autre : connais-tu Superpoze ? (jeune Dj/producteur, originaire de Caen comme Fulgeance, NDLR)

Fulgeance : Oui ! C’est un bon pote. J’adore la façon dont il mène sa barque. Il est ouvert à plein de choses et il continue d’évoluer. Ça marche bien pour lui, c’est la relève ! Après, je n’aime pas forcément tous ses sons (et il le sait !), mais quand tu le vois jouer sur d’autres projets, il fait son truc et c’est assez naturel. J’aime bien ! Il joue de la batterie avec Samba de la Muerte, un autre groupe de Caen.
À l’époque avec Liléa Narrative on a essayé de lancer des soirées en Normandie et toutes sortes d’événements dans nos délires de beatmaking. Je pense que Superpoze a assisté à tout ça. Il fera du bien au mouvement j’en suis sûr !

Pour finir : il y a toujours un moment en soirée où tu souhaites passer « le » morceau qui brûlera le dancefloor de façon certaine ! Quelle est votre valeur sûre ?

Fulgeance : Je vais revenir « à l’ancienne » et te dire Mystikal ! Le fameux « Boucin’ Back »! Une tuerie produite par les Neptunes.

Soulist : Pour moi c’est Disclosure et son remix sur « Running » ! Ça ne blague pas là-dessus !

 

Propos recueillis par Paul Muselet.