Absent des tops l’année passée, à l’écart des radars et loin des projecteurs, Spodee avait pourtant sorti l’excellent Trench Muzik, une trilogie de mixtapes en compagnie du duo de producteurs Nard&B. Le haut du panier à Atlanta. Et ce n’est pas ce tout nouveau projet B.I.D 2 qui nous fera mentir. L’occasion de revenir sur un parcours semé d’embûches ayant mené au beef avec son ex-mentor T.I à l’été 2015… Un mal pour un bien ?

Spodee est un cas d’école. Celui du rappeur revanchard, qui, éjecté d’un label important (en l’occurrence, Grand Hustle Records) sort les crocs pour livrer le meilleur de son art à l’état brut, sans les contraintes du marketing.

Car si l’on connait aujourd’hui le nom de Spodee, c’est en grande partie grâce à T.I. et sa structure. Un véritable monstre de promotion, filiale de Warner distribuée par Atlantic Records. Réunissant des figures (très) diverses allant du respecté Trae da Truth à Iggy Azalea, Grand Hustle Records ne fait pas dans le détail. Loin d’être classé au rang des têtes d’affiche, Spodee n’y a jamais trouvé sa place.

Le constat était flagrant sur le titre « Chosen«  où il apparaît au côté du « grand patron » et du promu B.o.B. Tirant la couverture vers lui, T.I. ne semble pas prêt à laisser la vedette à ses poulains, clairement transparents dans un morceau sans saveur. En 2015, le bilan de Spodee au sein de Grand Hustle est sporadique : quelques mixtapes, et un projet (« B.I.D. ») ayant rencontré peu d’écho. Une ineptie quand on connait la productivité moyenne d’un rappeur originaire d’Atlanta.

Et ce qui devait arriver arriva. Conscient de sa situation, Spodee quitte le label, s’embrouillant au passage avec T.I. Il faut dire que ces 6 années passées au sein de son label ne lui ont à peu près rien apporté. Retour à la case départ. Qu’allait-il advenir d’un Spodee isolé, qui avait tant à prouver?

Son association avec le bînome Nard&B était certainement ce qui pouvait lui arriver de mieux. Le son lancinant, obscur et brut de décoffrage des deux comparses s’adapte idéalement à sa nouvelle condition où se côtoient isolement, rage et frustration. Et si les concessions propres au fonctionnement d’un grand label ne lui convenaient pas? 

En août 2015, le trio sort le premier volet des « Trench Muzik ». Littéralement: la musique des « tranchées ». Tout est dit : la salve sera lourde, sale, répétitive. À la fois violente et mélancolique. Une bande-son malsaine typée rue, dopée aux cailloux de crack.

La qualité des productions frappe l’auditeur d’emblée. Mais soyons honnêtes, nous n’en attendions pas moins. Loin d’être de vulgaires inconnus à ATL, Nard&B comptent parmi les producteurs ayant contribué à la « résurrection » de Future en 2014 après le désastre commercial d’Honest.  Les bombes « Throw Away«   et « 2Pac«  sur Monster, c’était eux. Toutes proportions gardées, une histoire finalement assez similaire à celle-ci. Celle d’un artiste blessé, replongeant dans les pièges de la rue… pour mieux renaître de ses cendres?

En septembre 2015, Spodee sort Trench Muzik 2. Un rythme de sortie totalement inédit depuis ses débuts. Là encore, la qualité est au rendez-vous.

Deux mois plus tard, le trio dégaine Trench Muzik 3. La meilleure, sans aucun doute. La recette fonctionne sur les mêmes ressorts. Voix éraillée, alliant force et détermination à une sorte de complainte flottante, toutes basses dehors. Les prods sont si bonnes qu’elles n’auraient pas fait tache sur une tape de Future. Merci Nard&B.

Disponible depuis janvier 2016, le dernier né de Spodee B.I.D 2 s’inscrit dans la même lignée que la trilogie des Trench, avec plus de variété, de chant et d’ouverture. En rotation lourde sur nos enceintes, il est encore un peu tôt pour en parler. Pour l’instant, nous vous conseillons l’écoute d’un des meilleurs titres de B.I.D 2 : « Grindmode », avec un Young Dro en grande forme !

Et croyez en Spodee ! Le prochain phœnix d’Atlanta ?

 

Paul Muselet