Aperçu aux côtés de Sekk, avec son groupe Paper Street puis Parazit, ou dans les activités de son label Crazy Mother Fuckers, Stick fait indéniablement partie des hyperactifs du rap toulousain. Antihéros et fier de l’être, il a imposé un style bien à lui, mêlant l’ironie au fatalisme,  l’humour au désespoir. Après une longue attente, Stick présente Un MC de plus, son premier album solo.

Qui es-tu?

Stick, MC né à Toulouse, membre du label CMF et du groupe Parazit! J’ai commencé le rap à la fin du collège, au début des années 2000. Au début je me centrais beaucoup sur l’écriture, je faisais des scénars. Je me suis mis au rap par hasard et j’ai continué ! J’étais à fond sur les classiques de l’époque. L’album de Shurik’n m’a particulièrement troué le cul quand j’étais minot ! Au niveau ricain, c’était plutôt Cypress Hill, Eminem…

Peux-tu nous parler de ton label, CMF ?

Crazy Mother Fuckers ça part d’un groupe de potes de lycée, on le tagguait pour délirer. On a basculé en asso quand Swed a lancé l’idée d’organiser un concert en 2011. On a fait venir Flynt, Pejmaxxx et Demi-Portion. Le label s’est un peu créé de la même manière, au moment où on voulait sortir l’album d’Al Tarba et Lord Lhus. C’est sans prise de tête, on ne cherche pas à découvrir de « nouveaux talents », on collabore juste avec les gens de notre entourage.

Ton album solo sort bientôt. Que réponds-tu à ceux qui pensent que tu ne parleras que de chatte et d’alcool ?

(Rires) Je dirais « écoutez » ! J’ai essayé de parler d’autre chose justement. Après, c’est vrai, j’ai un style un peu gras,  la grosse punchline bien sale pour faire marrer les potes ! c’est ce que j’aime. Je l’ai beaucoup fait dans les mixtapes. On ne se refait pas c’est sûr, mais là, j’ai essayé d’amener des histoires, un univers… Il y a des sons plus introspectifs que d’habitude, forcément. C’est un album, j’ai un peu dû déballer ma life. Au niveau des sonorités, certains beats seront plus électro. J’ai exploité des instrus rock aussi.  Ça me tenait à cœur de faire des morceaux patate. Avant le rap, je chantais dans un groupe de métal, « The Crazy Preachers » (ça n’a pas duré longtemps…) !

Tu as appelé ton album « Un Mc de Plus ». C’est assez étrange, comme si tu savais que tu n’allais pas sortir du lot… Penses-tu vraiment n’avoir aucune singularité à apporter ?

L’idée de ce titre remonte à loin, j’y pense depuis 2003. J’ai commencé à taffer dessus, puis c’est devenu une street tape qui n’est pas jamais sortie, pour devenir une espèce de net-tape en 2010. Mais je n’ai jamais lâché le projet. Pourquoi « Un Mc de Plus » ? Parce que des rappeurs il y en a un million. À toi de me dire si en écoutant l’album tu me vois comme un Mc de plus ou pas !

Ce n’est pas un peu fataliste ?

Il faut être honnête, on tourne tous un peu autour des mêmes sujets, des mêmes thématiques… Après, il y a plusieurs façons d’interpréter ce titre : il y a un côté Kill Bill aussi, tu as ta liste de Mc à tuer, tu en raye un et ça fait un Mc de plus. J’ai un univers un peu ironique, il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre. C’est aussi une façon d’arriver sans prétention, tout en se la pétant un peu quand même. C’est du « Mc Sport », sauf que je dis que j’ai une petite bite (Rires). Cette approche me fait kiffer.

On t’as vu à la Grünt #4 avec d’autres rappeurs comme Alpha Wann, Tragik…. N’y a-t-il pas non plus une grosse similarité en ce moment au niveau des flows en France ?

Franchement je ne trouve pas. D’ailleurs sur cette vidéo on rappe tous différemment. C’était un bon kiff, Al’Tarba et I.N.C.H nous avaient invités. J’écoutais certains des Mc présents étant plus jeune, comme Adès et Sheryo. Ça faisait plaisir. En plus j’ai fait une bonne prestation je trouve (Rires). Mis à part la fin où mes couplets ont été décalés par rapport au beat, c’est assez dégueulasse !

On a bien kiffé le titre « Dégénéré(s) ». Les lyrics et le clip sont assez dépressifs, avec beaucoup d’allusions au suicide. Pour le coup, il y a assez peu d’ironie dans ce morceau, non ?

Malgré ce que je dis dans le refrain, je ne pense pas représenter ma génération. Le morceau peut-être un peu. En tout cas, je n’ai pas la prétention de porter un message. Après, je pense clairement qu’on est tous foutus ! Ce morceau annonce vraiment la couleur du disque. Ce sera sombre, il n’y aura pas de rigolade. J’avais fait des titres marrants, mais je les ai virés. Ils ne me plaisaient pas. Dans l’ensemble, les paroles sont dépressives c’est clair. Il suffit de voir les sons que l’on fait avec Parazit ou Droogz Brigade, c’est notre délire. Même les sons les plus « festifs » sont dans cette veine là.

Un message de désespoir ?

Un peu… Mais pas tant que ça au final. On sait qu’on se fait enculer, alors prenons de la vaseline. Autant le prendre avec le sourire. Je suis dans cet état d’esprit.

On m’a dit que tu tenais un blog…

Il a été supprimé ! Je ne sais pas pourquoi. En même temps ça s’appelait « suce mon blog », c’est peut-être pour ça. Je postais juste des nouvelles, écrites de façon instinctive. Je ne racontais pas ma vie, c’était de petites fictions. De la science-fiction, des histoires quotidiennes… Tout ce que je ne pouvais pas faire en rap.

Plusieurs groupes toulousains s’inscrivent dans une lignée assez « dark » : Bastard Prod, Droogz Brigade, Omerta Muzik…  Pourquoi à ton avis ? La vie est si triste à Toulouse ici ?

Il y a d’autres styles. Tu prends un Billy Bats ou un Timuss, ils sont dans un délire ensoleillé. Big Flo et Oli, c’est assez cool aussi.

Après, je vois ce que tu veux dire. Perso, quand j’ai entendu les Droogz la première fois, j’ai compris direct qu’on avait les mêmes références! Army Of The Pharaohs, Jedi Mind Tricks… Ça m’a tout de suite parlé.  Omerta pour moi, c’est un autre délire. C’est sombre, mélancolique, mais davantage ancré dans le réel. Ils rappent leur quotidien, un peu comme le faisait la FF au début. Par rapport au soleil… tu sais ce qu’on dit, la misère existe toujours, avec ou sans lui. Ça ne m’inspire pas plus que ça, et l’air de rien il n’est pas là si souvent ! On dit que la ville est rose, je la trouve plutôt grise.

Tu parles de Toulouse quand tu dis « Condamné à l’échec à cause du blaze de la ville où t’habites » ?

Parfaitement ! C’est pour le jeu de mot avec « to loose ».

On l’avait pas calculé celui là…

Pas grand monde je pense, c’est pas grave (Rires).

On te sent à la fois attiré et révulsé par le rap.

C’est vrai. En même temps, j’ai commencé quand j’avais 14 ans, c’est un peu ma première meuf ! Je la kiffe, mais en même temps je la hais. C’est une saloperie, une concubine invisible. Tu essaies de te l’approprier, mais c’est compliqué, car il y a plusieurs raps. En faire c’est pareil, des fois c’est super libérateur, et par moment… c’est galère. Pas « dur », parce que c’est pas non plus un taf au chantier, mais il y a un côté répétitif. Quand tu écris, il y a un moment où tu peux tourner en rond.

Tu as beaucoup évoqué l’attente avant la sortie de ton album. À quoi ressemblera l’après ?

Un second album par exemple ! Je commence à y penser, mais on prépare d’autres sorties. Un Ep avec Parazit, et un autre avec Rhama le Singe de la Droogz.

Quels sont les prochains projets de CMF Records ?

Mon album, qui sortira… bientôt ! Là j’ai tout enregistré, il n’y a plus qu’à attendre. Après il y aura la mixtape de Goune. Ensuite, on va essayer de pousser les Droogz pour qu’ils sortent leur album !

Tu nous laisse avec ton son du moment ?

« Fin 2012 » de Furax ! Putain de morceau, l’outro de Testa Nera, une pure tuerie.

Côté cainri, je me mets le dernier Schoolboy Q. Tout n’est pas bon, mais le titre « Break the Bank » produit par Alchemist, attention…

 

Propos recueillis par Paul Muselet