Le narvalo le plus célèbre de Montreuil Zoo occupe la scène rap français depuis plus de quinze ans, sans qu’on sache encore où ira s’aventurer sa voix rocailleuse. Trap ? Boom-bap new-yorkais ? Aucun des deux ? Swift s’en fout royalement, préférant tracer sa route en pensant au projet suivant. Discussions en loge avant notre concert à Toulouse aux côtés d’A2H.

 

Tu as toujours été productif. Qu’arrive-t-il après Vice & Vertu II ?

Swift : Le prochain album ! On est déjà dessus. Je veux bosser dans une direction artistique très particulière qui se détache de plus en plus du rap avec mes producteurs Tony-O et Blixx.  En parallèle, je prépare une mixtape avec Mani Deiz, dans un délire Mobb Deep ! Les adeptes du « sombre » seront servis.

 

Comment vois-tu Vice & Vertu II par rapport au reste de ta discographie ? Est-ce là où tu as pris le plus de risques ?

Swift : Là où on a pris le plus de risques c’est dans le premier Vice & Vertu. Ça a marqué un vrai tournant au niveau du choix des productions. On est passés du 90’s new-yorkais à quelque chose de plus actuel. Le second volume, je le vois comme l’aboutissement de cette démarche.

Au niveau de l’imagerie (visuels, clips…), on dirait que tu es passé de l’ombre à la lumière.

Swift : C’est la vie quoi ! Elle change. De toutes les manières on finit toujours par préférer la lumière à l’obscurité. Ça correspond aussi à mes nouvelles aspirations. J’ai fait du sombre toute ma carrière. Je tournais en rond. J’ai passé un cap avec Vice & Vertu, je l’ai poursuivi avec La Chute des Corps et j’ai confirmé avec Vice & Vertu II. Là je pense qu’on a fait le tour. On peut passer à autre chose !

 

Ce changement de cap était-il dû à un choix esthétique ou à d’autres événements dans ta vie ?

Swift : C’est vraiment un choix esthétique. Aujourd’hui je bosse avec Myo Sis, un réalisateur qui s’occupe de l’image. J’ai tendance à bosser avec des gens de plus en plus carrés. Je m’oblige à l’être aussi. On est en 2016 et c’est central. Personne ne peut dire le contraire. Tu le vois au niveau des clips, je ne peux plus revenir à des street-clips ! Quand tu regardes mon dernier « Poignée de Punchlines », tu sens qu’on se prend la tête. Se dépasser, voilà notre motivation !

Tu as toujours été considéré comme un kickeur. As-tu senti que tu avais perdu une partie de ton public sur des morceaux comme « A l’aise » ou « Laisse tomber » avec Nusky ?

Swift : On m’a tourné le dos bien avant ! Ça a commencé à railler avec le morceau « Icare » en 2013, mais les gens qui me suivent depuis le début ne m’ont jamais lâché. Je m’adresse à des gens ouverts musicalement. À côté de ça, je vois qu’un nouveau public me suit, des auditeurs plus jeunes, plus de filles… Tant pis pour ceux qui se ferment. Le public a vraiment évolué ces dernières années. Je n’ai pas envie d’être apprécié uniquement par les amateurs de « hardcore ». C’est le sens de Vice & Vertu. Qui est juste l’un ou l’autre ? Personne. L’important, c’est de maintenir le bon équilibre.

 

Tu dis écouter peu de rap français. Qu’est ce qui t’inspire ?

Swift : J’écoute un peu tout ce qui passe. J’ai la même curiosité que quand j’étais jeune. Ces derniers temps, j’ai bien kiffé l’album de Travis Scott. Je me suis passé le dernier Drake aussi. Mais en fait j’écoute plutôt des singles. Les gens vont sur les plateformes aujourd’hui. Certains achètent encore des albums (et heureusement), mais tous les artistes qui se sont fait connaitre ont explosé grâce à un titre. Je ne dis pas que c’est bien, mais c’est comme ça. Le problème, c’est qu’il n’y a plus de classique. L’offre déborde, mais quels sont les sons qui resteront dans le temps ? Tout le monde dit un peu la même chose sur le même genre de son.

 

La politique du titre, c’est ce qui t’a motivé pour « A l’aise » avec Jarod ?

Swift : Pas vraiment, car c’est le dernier extrait du projet à avoir été clippé. Si j’avais été plus malin, je l’aurais mis en premier (Rires) ! Je n’avais pas senti le côté attractif du morceau.

Tony-O : Il y a un refrain accrocheur c’est sûr, mais on avait plus misé sur « Martin Luther », « Ouragan » et « Excuse my french ».

 

Tu as aussi sorti plusieurs freestyles. Au niveau de l’écriture, comment conçois-tu l’écriture des morceaux issus de tes projets ?

Swift : « Freestyle de Suisse » je l’ai écrit en 20 minutes dans un mini-bus. Alors que sur un morceau studio comme « Fleur de Lys », je me prends la tête, même si c’est de l’égo-trip. Maintenant, j’écris en prenant en compte l’avis des gens qui bossent avec moi. Dans le prochain projet, j’axerai l’écriture sur de vraies thématiques, de vraies histoires. Le morceau le plus représentatif de cette évolution c’est « Ouragan ». Il y aura plus de place pour les orchestrations, le chant et des structures différentes.

 

Pour sortir du rap : quelles sont tes villes préférées en France ?

Swift : Paris, Toulouse et Bordeaux. Je sais que ça ne va pas vous plaire les toulousains ! Bordeaux c’est un peu comme Toulouse, sauf que c’est moins la fête permanente ! Il faut un peu de vertu aussi, c’est important (Rires).

 

Tes pays préférés ?

Swift : Un pays où je ne suis jamais allé, comme le Japon ! Ou l’Ethiopie… En vrai, je n’ai pas beaucoup voyagé hors de France.  Si je devais choisir, ce serait un truc d’aventurier. Un délire en dehors des sentiers balisés, ça c’est certain. Non aux hôtels all-inclusive !

 

Ton plat préféré ? Un seul !

Swift : Les pâtes au saumon ! Pas difficile le mec ! J’aurai pu te dire les california maki mais j’en ai trop pris, ça devient tendu. Bon tu l’as compris j’adore le saumon. Et avec des pâtes on peut en manger plus souvent. Enfin, en théorie.

 

Ton morceau fétiche (hors-rap) ? ton classique de fin de soirée ?

Swift : Al Green, « Simply Beautiful ». Après faut pas être tout seul ! Mais tu m’as dit en fin de soirée, alors… (Rires)

 

Propos recueillis par Paul Muselet