Avec leurs masques de hiboux, les Four Owls intrigueraient n’importe quel être humain. Mais soyons honnêtes: leur succès en Europe, ils ne le doivent qu’à leur musique. Certains diront que Fliptrix, Verb T, Leaf Dog et BVA sont restés bloqués dans les années 90, avec un boom-bap plutôt respectueux des classiques. En tout les cas, sans refaire le monde, le quatuor maîtrise bien son sujet. Très bien même. À l’écoute de Natural Order (leur second album, disponible depuis février 2015), le constat s’impose de lui-même: il n’y a rien à jeter. Nous avons rencontré le groupe dans les loges du Bikini, avant leur entrée en scène. Mode anglaise oblige, la soirée était déjà bien entamée…

Vous êtes tous issus du label High Focus, composé de plus d’une dizaine de rappeurs. Comment en êtes-vous arrivés à former un groupe à 4 ?

Fliptrix : Tout a commencé quand Leaf Dog est venu chez moi à Londres pour travailler sur son premier album solo, From A Scarecrow’s Perspective. BVA, Leaf Dog et moi, on a enregistré quelques morceaux. On voulait aussi inclure Verb T, donc on lui a envoyé les sons. En 3 semaines nous avions un album complètement fou, parce que Leaf Dog produisait depuis pas déjà mal de temps… Il avait plus de 600 instrus disponibles! On a donc choisi nos préférées, et c’était dans la boite. Tout s’est fait très vite, de façon très spontanée. C’est après que nous avons eu cette idée de taré avec les hiboux, pour forger l’identité du groupe. The Four Owls étaient nés.

Leaf Dog : C’était la première fois que je produisais, on ne pensait pas que ça prendrait une telle ampleur. En tout cas, c’est un plaisir d’être en France et de vous raconter ça maintenant!

Vous avez tous une carrière solo à côté du groupe, où vous apparaissez à visage découvert. Pourquoi porter des masques? 

Leaf Dog : Pour rester éloignés de ces conneries que le monde veut te faire penser, de ces histoires d’image. On porte des masques pour rester loin de tout ça. On veut juste être jugés pour notre musique et pas pour nos dégaines, même si on porte des masques. Enfin, tu vois ce que je veux dire, on veut rester loin de tout ça. C’est ce que je pense en tout cas.

Fliptrix : Je suis d’accord. On a tous des carrières solos mais quand on est ensemble, ce sont les Owls. C’est aussi une manière de différencier les projets.

Verb T : Il n’y a pas d’individualités avec Owls, c’est clairement un délire de groupe.

Leaf Dog : C’est pour ne faire qu’un!

Quel est le plus de Natural Order par rapport à votre premier album (Natures Greatest Mystery)?

Leaf Dog : Le son est bien meilleur!

BVA : on voulait qu’il soit aussi bon, voire meilleur que le premier. On a bossé les sons jusqu’à ce que chacun de nous les trouve plus puissants que les anciens. Par chance, les gens sont d’accord avec nous (rires).

Leaf Dog : On voulait que les sons pètent. Le premier album était déjà dans cette veine, mais je débutais en tant que beatmaker. Maintenant, je sens que j’ai évolué. Pour ce disque, du point de vue de la production, j’ai désespérément essayé de faire mieux sonner tout ça (Rires). Ça se ressent je pense. C’est la même chose du côté du rap. On est moins jeunes, il y a plus de sagesse.

Verb T : Et surtout, on sait travailler ensemble.

La plupart de vos beats rappellent les productions new-yorkaises typiques du milieu des années 90. Leaf Dog, quelles sont tes plus grandes influences ?

Leaf Dog : Dj Premier, RZA… Ce sont mes influences principales, c’est clair.

Vous n’avez jamais voulu apporter une touche british à votre son?

Leaf Dog : Non, je ne pense pas à ça quand je produis, je fais juste des beats. Ça m’arrive souvent qu’on me dise : « yo ça sonne UK mec ». Mais franchement non! C’est juste de la musique. Les gens aiment mettre des étiquettes, mais je ne vois pas trop les choses comme ça.

Fliptrix : Par contre, il y a une touche british dans les paroles.

Verb T : Parce qu’on parle de ce qu’on connait.

Leaf Dog : Ouais, il y a les lyrics et l’accent aussi. Mais le beat, voilà… c’est juste le beat!

En parlant de flow, vous sentez-vous proches du mouvement Grime? D’artistes comme Virus Syndicate ou Ghetts?

Verb T : On est proche du grime dans le sens où on vient du même endroit et qu’on représente la scène UK, mais le hip-hop est le grime sont très différents. Au niveau du public, du son…

Leaf Dog : Par contre on a la même philosophie.

Verb T : Ça vient du fait qu’ils viennent du même endroit que nous je pense. On a le même genre d’idées, mais on est dans un autre délire musical.

Que pensez-vous de Ghetts ?

Verb T : Il est très bon.

Leaf Dog : Ouais, c’est un des meilleurs rappeurs de la scène grime.

Fliptrix : Je suis du même avis. Son flow est fou, il écrit super bien, de manière conceptuelle. Il a vraiment des concepts de malade.

Sur votre dernier album, vous avez collaboré avec Dj Premier qui a produit la track « Think Twice ». Comment s’est faite la connexion ?

Leaf Dog : J’ai bossé avec Army of the Pharaohs. Un jour, j’étais dans les loges avec Apathy, et j’ai vu qu’il avait le numéro de Dj Premier. Je me suis dit: « fils, il faut faire quelque chose ». Et cela a pu se faire. Nous en sommes là maintenant, avec ce morceau. C’est grâce à Apathy du groupe Demigodz !

Vous avez partagé la scène avec plusieurs artistes américains. Que pensent-ils des rappeurs britanniques ?

Leaf Dog : La plupart du temps quand on les rencontre, ils ne savent pas qui on est. Ça a un peu changé depuis le son avec Premier, mais à la base ils ne nous connaissent pas. Le hip hop UK n’est pas représenté là-bas. Le seul qui passe nos sons c’est Dj Eclipse des Non Phixion. Il le fait depuis des années et c’est bien le seul. Maintenant, il peut arriver que Premier passe nos morceaux aussi. Eclipse, c’est vraiment un bon gars, il joue nos sons depuis 2008! C’est un véritable DJ, très attentif à l’underground. Il tente de mettre les gens en avant, c’est un vrai OG!

Les rappeurs US ne respectent pas toujours les MC français, car pour eux c’est une culture essentiellement américaine, qui leur appartient avant tout. Réagissent-ils différemment par rapport aux anglais?

BVA : Quand ils entendent ils kiffent! Mais il faut vraiment qu’ils te voient en concert d’abord, ou que tu leur donne un CD. Ils ne te connaissent pas tant que tu ne leur montres pas.

Verb T : Et puis, il y a déjà tellement de rappeurs aux Etats-Unis… C’est un pays gigantesque. Je pense qu’ils ne ressentent pas le besoin d’aller chercher ailleurs. Je dis ça pour les artistes. Pour ce qui est du public, il y a un internet qui a changé la donne. Les américains et les canadiens sont de plus en plus intéressés, car ils ont facilement accès à notre musique.

BVA : Et on adore le rap français en Angleterre!

Qu’est ce qui vous a marqué en rap français ?

BVA : Moi c’est le son d’IAM avec Sunz of Man: « La Saga »… terrible. « … from the Royal Fam, Never ate ham, never gave a damn »! (Rires)

Leaf Dog : Le seul CD de rap que j’ai acheté en langue étrangère était français. Saian Supa Crew. Ces gars sont forts. Ils étaient connus en Angleterre. Quand on avait 15 ans, ils ont joué à Glastonbury, c’était énorme.

Verb T : Un des meilleurs live que j’ai pu voir.

Leaf Dog : Le beatboxer était fou!

Verb T : Quand j’étais gamin, j’ai rencontré Rockin Squat d’Assassin. Un très bon gars. Il m’a donné plein de conseils. Il avait de grosses connexions avec Guru et des gens comme ça.

Que pensez-vous de la scène du sud des Etats-Unis, et plus particulièrement la scène trap actuelle?

Leaf Dog : Pas grand chose (Rires). Le seul qui me parle dans cette vague c’est Danny Brown, même si il est de Detroit, car il arrive avec un son crasseux.

Verb T : Si tu regardes les groupes d’Atlanta à la base de ce mouvement, comme Outkast, Goodie Mob ou même UGK… Là ça me parle. J’écoutais ça. Mais maintenant c’est quelque chose de complètement différent. C’est toujours bien quand les gens font ce qu’ils aiment, mais ça ne correspond pas du tout à ce qu’on écoute.

Leaf Dog : Ce n’est que de la musique, que de l’amour!

Si vous deviez citer une chanson en dehors du hip-hop, ce serait quoi?

Verb T : « Simply Beautiful » d’Al Green!

Fliptrix : « All Along the Watchtower » de Hendrix.

BVA : « Natural Mystic » de Bob Marley.

Dj Madnice : « Would I Lie To You » de Charles & Eddie.

Leaf Dog : Les oiseaux de la nature!

Que voulez-vous absolument manger ou boire quand vous arrivez en France ?

Leaf Dog : Des Margaritas (Rires)! Du pain… C’est la seule chose qui a vraiment un goût différent ici. Ça a vraiment un gout dégueulasse en Angleterre. Sérieux, la différence est vraiment folle.

Verb T : En Angleterre ils ne savent pas le faire. C’est vraiment le premier truc que tu calcules quand tu manges en France. Et le vin bien sûr!

Fliptrix : Le vin, les pâtisseries, les croissants…

Et qu’est ce que les français ne savent pas cuisiner ?

Leaf Dog : Je ne sais rien cuisiner alors que veux-tu que je te dise? (Rires)

Verb T : La mayonnaise. (Rires) C’est carrément différent ici. Le goût est chelou.

Dj Madnice : Les plats frits, œuf et bacon.

Leaf dog : C’est vraiment une question tordue. (Rires)

Propos recueillis par Paul et Pedro
Merci Big Fa