Loin d’être le groupe d’être le plus médiatisé ou vendeur de la côte ouest, The Procussions reste une des formations les plus respectées de la scène hip-hop indé. Leur réputation, Stro Elliot et Jay Medeiros la doivent à la scène. Une énergie communicative imparable au service de compositions subtiles alliant boom-bap et références électro.  Pour leur come back, les Procussions présentent un album solide munis d’un show à la hauteur de l’événement. À l’occasion de leur passage à Toulouse, Quali District ne pouvait se contenter du concert. Trop de questions restaient en suspens… 

Vous voilà de retour en 2013 ! Pourquoi vous reformer aujourd’hui ?
Il y a 7 ans, vous annonciez votre séparation, due entre autres, au téléchargement illégal…

Jay : Disons que c’était une des raisons extraite d’un long paragraphe qui avait été sorti de son contexte. A ce moment là, le téléchargement illégal nous avait mis en difficulté. L’industrie du disque était dans une situation un peu différente, et dans ce contexte, tout le monde essayait de trouver une solution. Au bout d’un moment, ça devenait compliqué de ne plus être payé pour quoi que ce soit. Et puis nous formions un groupe depuis si longtemps… On avait aussi envie de trouver notre voie en solo. C’était le moment de faire une pause. Et ça s’est bien plutôt bien passé. On a beaucoup apprécié nos moments en solo, mais il nous manquait quelque chose autour de la scène, cette énergie que nous avions ensemble. On ne pouvait la reproduire séparément.  C’est ce qui nous a motivés à revenir ensemble.

Maintenant vous êtes deux. Avez-vous abordé la composition de l’album d’une manière différente ?

Jay : Non. Je pense qu’entre temps nous avons mûris en tant que musiciens, dans les textes, les compos… Il y a une grosse différence. On sent qu’on a progressé dans plusieurs domaines. On a beaucoup grandi.

Stro : Les Procussions ont toujours essayé de faire quelque chose de différent à chaque fois. Cela dit, on sent que cet album s’inscrit dans une certaine tradition. D’ailleurs, Rez, le troisième membre va très bien. Maintenant il fait de la photo, de la vidéo, du webdesign…  C’est toujours un très bon pote. Il nous supporte à fond ! Jay et moi, c’est notre passion. C’est ce qu’on adore faire, on ne peut pas arrêter. Se reformer un jour, c’était inévitable, que ça mette 5, 6 ou 7 ans!

Jay, ton expérience en solo a-t-elle fait de toi un autre membre des Procussions ?

Jay : Je pense oui. Quand tu es dans un groupe, tu as un espace limité pour parler de certains sujets. Tu dois forcément faire des concessions sur ce que tu as à dire. J’aime écrire des histoires. Explorer une idée. En tant qu’artiste solo, tu as beaucoup plus de possibilités. Tu peux passer du temps sur des morceaux entiers, sans te mettre de limites. D’ailleurs, je n’ai pas fait beaucoup de collaborations. Je voulais transmettre mes propres idées. C’est une expérience de plus en tant qu’artiste, mais j’ai quand même beaucoup travaillé avec Stro ! Il gardait un œil sur le côté musical. Il a pris son rôle de producteur à cœur. Moi, je restais plus concentré sur les textes.

Vous êtes tous les deux instrumentistes.
Comment faire la part des choses entre les samples et la partie acoustique ?

Jay : (Rires) Moi instrumentiste ? Un peu ! Moins que Stro…

Stro : Depuis mes débuts, j’ai toujours adoré faire la fusion entre les instruments et les samples. J’ai un bagage musical, car j’ai fait une école de musique. J’ai étudié les percussions pendant pas mal d’années dans plusieurs universités au Colorado. J’ai aussi fait de la trompette, du clavier… J’ai aussi décidé que j’allais faire du hip-hop pour cette fusion entre les deux parties. Des groupes comme A Tribe Called Quest ou The Roots l’ont beaucoup fait. Ça m’a toujours plu. Ils ont su comment allier les deux, pour que ça ne fasse qu’un. Ça marchait à merveille. C’est une identité qui nous plaisait, et c’est un peu devenu la notre. Ça nous a paru important de retranscrire cet esprit sur scène, avec la batterie, la MPC… On aime cette sensation de spontané, alliée à du « travaillé ».

Jusqu’à aujourd’hui votre album le plus populaire reste 5 Sparrows for 2 Cents. Pourquoi à votre avis ?

Stro : Ah bon ? Vraiment ? (Rires)

Jay : Oui c’est possible. Mais des choses que nous avons faites ensemble dans le cadre de ma carrière solo ont assez bien marché aussi. C’est assez difficile d’isoler les projets les uns des autres. On a mis la même énergie dans tous ceux qu’on a sortis ! Ça reste du Procussions. Après, je ne pense pas que beaucoup de personnes aient écouté notre premier album. Ni le second d’ailleurs. Au final, beaucoup considèrent  5 Sparrows for 2 Cents  comme le premier véritable projet que nous ayons sorti. Nous avons fait une grosse tournée en 2006. C’est là que les gens nous ont découvert en Europe. C’était le moment où nous étions le plus visibles. C’est sûrement pour ça.

Pourquoi le nouvel album porte t-il simplement le nom du groupe ?

Jay : Je pense que nous devions nous établir à nouveau, asseoir notre nom. A mon avis, nous avons plus de contrôle sur notre son. Bien plus qu’avant. On sait davantage ce qu’on veut. Il a pu arriver qu’on se piège nous-mêmes dans le système des labels, des tournées… Là, on a pris le temps de prendre du recul pour définir clairement ce qu’on voulait faire. Cet album nous représente pleinement. On fait la musique qu’on veut quand on veut. On ne s’est inquiété que de la musique. L’appeler par le nom du groupe, ça voulait dire : « voilà ce que sont les Procussions maintenant ».

Quelle identité pour cet album ?

Stro : Je pense qu’on voulait juste montrer aux gens qu’on avait mûrit. Quand tu écoutes ces morceaux et ceux qu’on a fait il y a 6 ans… tu peux sentir cette évolution. On a le sentiment que ce n’est qu’une étape, on espère vraiment continuer, et construire des ponts pour l’avenir. Il y a une grosse symbolique avec la locomotive de la pochette. On espère que les gens ressentent la même chose.

Parlez-nous de cette symbolique…

Jay : C’est un vieux train un peu abîmé du Colorado, là d’où l’on vient. C’est le seul train qui irait à L.A. C’est un peu ce qu’on a fait dans notre carrière. Quand le train commence à rouler, c’est très difficile de l’arrêter, il s’arrête seulement tout seul, de lui-même. C’est une bonne image. C’est plus important pour nous d’être fort et présent, que d’être inquiet, pressé et dans le court terme.

Certains morceaux sonnent « classiques » comme Today.
D’autres portent des influences plus neuves, comme Track 10, un peu trap. Sur quels morceaux estimez-vous avoir pris des risques ?

Stro : Track 10 par exemple ! Je ne sais pas si on peut parler de risques. C’était plus une façon de montrer qu’on pouvait faire autre chose. En 6 ans, tu as le temps d’écouter de la musique, et de rester attentif à ce qui se fait. On continue à grandir avec la musique. Track 10 représente tout ça, avec ces petites touches trap et dubstep. Il y a toutes sortes d’énergies, des moments plus calmes, plus rythmés… Plus que jamais, les gens devaient comprendre ce que nous étions. S’il y a bien une chose que nous pouvions mieux faire que sur les précédents albums, c’était peindre de façon plus fidèle ce que nous représentions. À l’époque on était jeunes, on avait beaucoup d’énergie et de choses à dire, mais il manquait quelque chose. C’est aussi vrai dans les textes.

Comment avez-vous rencontré 20Syl ?

Jay : On l’a rencontré en 2004, aux débuts d’Hocus Pocus. On partageait le même esprit et les mêmes idées de la musique. On est restés en contact depuis.

Que pensez-vous de l’évolution des C2C, du succès qu’ils connaissent ?

Jay : Dans toutes les musiques que j’ai écouté, tu peux déceler des cycles. Je pense que c’est mieux que de parler d’évolution. Quand on parle d’évolution, on se dit que la nouveauté est supérieure au passé. C’est comme quand tu prends une photo. Ça fige juste un moment à part entière. Ce n’est pas meilleur ou moins bon, c’est juste différent. Concernant C2C, ça marche fort et c’est complètement mérité. Ils ont vraiment travaillé dur. Pour accéder au succès, ils n’ont payé personne ! Peu de groupes peuvent arriver à une telle notoriété en comptant juste sur leur talent. Quand tu vois les championnats qu’ils ont gagné, leurs expériences avec Hocus Pocus… Il n’y a rien à dire.

Qui aimez-vous écouter comme artiste français ?

Jay : J’aime vraiment bien Oxmo, il a une bonne présence et une sacrée voix. Brigitte Bardot aussi ! (Rires) J’ai écouté sa musique et j’ai kiffé ! Je viens tout juste de commencer à écouter de vieilles chansons françaises…

Stro : En ce moment j’écoute Phoenix, Sébastien Tellier… (j’aime trop ce mec !) 20Syl aussi bien sûr.

Jay : Elodie Rama aussi. Dadoo (David le Deunff, ndlr), le guitariste d’Hocus Pocus qui prépare un projet solo. Ben l’Oncle aussi ! (Rires) Enfin, juste quelques chansons. On vient juste de découvrir Stromae aussi !

Mais il est belge !!

Jay : Ah bon ? Mais il chante en français non ? Je ne connais pas trop, mais il est partout ! À la TV, sur les affiches… On a écouté, et franchement on a kiffé.

La meilleure chanson que vous ayez écouté dernièrement ?

Stro : ah c’est dur. Attends, une seconde… J’en sais rien ! Trouvons une chanson où nous sommes tous les deux d’accord. Hiatus Kaiyote. Ça vient d’Australie : leur chanson s’appelle « Nakamarra », et l’album Tomahawk.

Votre morceau préféré de The Pharcyde ?

Jay : Juste un ?

Stro : Ça fait mal, pourquoi tu fais ça ?

Jay : On va dire Runnin’ non ?

Stro : Va pour Runnin’… On se battra là-dessus plus tard !

D’ A Tribe Called Quest?

Stro : Mais arrêtes ça ! (Rires) Personnellement, j’ai toujours la chair de poule quand j’écoute l’album Midnight Marauders.

Jay : Même si c’est cliché, je dirais « Electric Relaxation » ! Pour moi c’est la meilleure chanson ayant  jamais été faite dans le hip-hop, tout simplement.

De The Procussions ?

Jay : On l’a pas encore faite ! MMhh… J’aime « Insomnia ». Stro a fait la prod. Ça fait vraiment écho à ce que j’aime dans la musique. Je l’ai écrite en une nuit, ça a été facile, car c’est une des meilleures merdes qu’il ait faite ! (Rires)

Stro : Je pense à peu près pareil (Rires) Il me l’a envoyée direct, et le lendemain et c’était fini.  C’était cool, tout s’est fait vite et facilement.

Un dernier mot pour le public français ?

Jay : J’espère qu’on reviendra en 2014, écoutez l’album. On sera jamais très loin !

 

Propos recueillis par Paul Muselet et Azaïs Guerci