Ce n’est un secret pour personne: parmi la flopée de mixtapes sortant chaque jour aux Etats-Unis, il est vital de faire le tri. Le téléchargement via Datpiff ou LiveMixtapes s’apparente à un slalom, où le choix de la « bonne tape » met en jeu ce que nous avons de plus précieux: le temps. Ce mois-ci, nous avons gagné un temps fou en cliquant sur RULA2. Si ce n’est déjà fait, faites comme nous. Une fois de plus, voici un projet gratuit valant largement plus qu’un billet de dix. En trois mots: Vee Tha Rula.

PHOTO - Cover

Vee Tha Rula ne rappe pas depuis hier, mais il se pourrait bien que cette tape lui donne enfin la place qu’il mérite dans le paysage rap U.S.

À sa décharge, difficile de faire son trou quand on vient de Phoenix, ville perdue du milieu de l’Arizona. Mais ne nous mentons pas. La grande qualité de RULA2 doit beaucoup aux moyens déployés par Tha Alumni Music, label important de Los Angeles – monté par Kid Ink -, dopé financièrement en 2013 suite à la fusion avec le géant 88 classic/RCA Records. Sans être de grands fans de Kid Ink (connu pour être en vogue auprès des teenagers), il semblerait que le bonhomme ait un certain goût pour adopter un rappeur tel que Vee. À moins qu’il ne s’agisse d’une décision de son associé (et manager) DJ Ill Will, véritable maitre d’œuvre au sein de la structure.

Au fond, peu importe. Si la qualité est au rendez-vous, que demander de plus? C’était déjà le cas en 2014 lors de la sortie du premier volet RULA, avec des titres convaincants comme « Bag of Purp » et surtout le sombre « Buried In Diamonds ». Nous savions alors à qui nous avions affaire. Rappeur prometteur. Voix grave, flow brut, et instrumentales chargées en grosses basses.

Pour nous faire patienter entre les deux sorties, Vee abreuvait régulièrement sa chaine Youtube de freestyle (les VRSES), série de promesses auditives destinées à ne pas l’oublier. Mémorable septième du nom, « Grindin » faisait mouche. On ne l’a pas oublié.

28 avril 2015. Sortie de RULA2. Le chat sur la pochette laisse place au lion. Vee Tha Rula a-t-il musclé son jeu? Incontestablement. La tape commence très fort avec la puissance intro « The Town », et le christique « Bullshit » avec un invité de marque: Kevin Gates. Placer ce morceau en tête de gondole est le meilleur des choix. Comment ne pas s’intéresser à ce qui va suivre ensuite? Konshis Pilot (producteur talentueux, mais aussi rappeur de battle important de Phoenix) signe là un son de cathédrale, aux résonnances aériennes et millimétrées. A-t-on souvenir d’une instrumentale aussi envoutante en ce début d’année? Hormis quelques fulgurances de LondonOnDaTrack, pas sûr.

Dans le registre des airs, « Put in The Air » enfonce le clou. On se demande alors si le rappeur n’a pas quitté les entrailles du béton pour une matière sonore plus lumineuse. Il n’en est rien. Comme sur le premier volume, cette tape-album est d’une variété peu commune. Un peu plus loin, Vee se rapproche du dancefloor, quitte à se perdre dans une tentative de banger. Le bien nommé « Under Pressure » n’y va pas par quatre chemins. Aux manettes, un faiseur de hits, un certain Jahlil Beats. L’auteur de l’hymne « Hot N*gga » de Bobby Schmurda s’inscrit directement dans la même veine… en oubliant de nous surprendre. Dès les premières secondes, on jurerait reconnaitre les notes de la shmoney dance, la saveur de la nouveauté en moins. Jahlil ne s’est pas foulé, produisant la pâle copie d’une formule trop éprouvée. Pire, Vee Tha Rula semble tout de suite moins à l’aise dans ce registre tapageur.

Dans le registre du hochement de nuque sur rythmiques entêtantes, c’est Az Beats qui se distingue. « Dat Lingo » ne serait-il pas le vrai banger de la tape? Aucun doute: on retrouve beaucoup plus de relief dans cette track additive au possible. Parmi les invités, Kid Ink (malin) et un grand habitué des featurings, le challenger d’Atlanta à la voix éraillée Bricc Baby Shitro (ex- MPA Shitro), remarqué cette année avec sa tape Nasty Dealer, qui au passage, a rencontré un certain écho grâce à « Thru Wit It » produite par Metro Boomin’ et magnifiée par l’immanquable Young Thug. Autre signe qui ne trompe pas, « Dat Lingo » est le dernier extrait à avoir été leaké par Alumni Music avant la sortie de la tape. Un hasard? Se sachant bien accompagné, Vee Tha Rula en profite pour dégainer son couplet le plus mémorable.

Au final, hormis « Under Pressure » et « Go Hard » (sirupeux au possible), RULA2 ne souffre d’aucune fausse note. La tape finit même en fanfare avec Ace Hood (en forme) et le poisseux « Expensive », sèche définition de la crapulerie quotidienne. C’est moite, c’est sale, et ça colle. Un indice de plus nous confirmant le talent de Konshis Pilot, décidemment à l’aise dans toutes sortes de répertoires et d’ambiances.

Bref, vous l’aurez compris, RULA2… c’est de la frappe.

 

Tape en téléchargement gratuit ICI.

P.M